Introduction
Le livre « Small Acts of Resistance » ou « Petits actes de rébellion » de Steve Crawshaw et John Jackson relate la résistance de gens ordinaires face à l’oppression, la discrimination et l’injustice.
Les récits et les anecdotes du livre sont plus que jamais d’actualité en 2021.
Points clés à retenir
Promenades effrontées
En 1981, les grèves du syndicat Solidarnosc dans les chantiers navals de Gdanks en Pologne n’étaient pas rapportées par le journal télévisé. Même après la répression par les chars, des dizaines de morts et des centaines d’arrestations, la grève se poursuivit et prit de l’ampleur. Pourtant, le journal n’en parlait toujours pas. Les habitants de la petite ville de Swidnik eurent alors l’idée d’organiser des promenades à l’heure du journal. Certains débranchaient et emportaient ostensiblement leur poste de télévision avec eux. La pratique s’étendit de ville en ville et le gouvernement semblait impuissant jusqu’à ce que le couvre-feu soit abaissé de 22H à 19H. Les habitants trouvèrent la parade en sortant tous à 17H, à l’heure de l’autre journal.
Redoutable boutade
Durant les douze années de la dictature militaire en Uruguay, les matchs de football furent l’occasion d’une forme de protestation très particulière. Tandis que l’hymne national était joué, les supporters le chantaient mollement, sauf au moment des paroles : « Tremblez, tyrans » qui étaient criées avec fureur.
Qui perd gagne
Les régimes répressifs censurent les écrivains, les journalistes et les maisons d’éditions en recourant à des amendes ou des peines de prison. En 1995, un groupe de Turcs trouva la parade. Après un article de Yachar Kemal sur les violences contre les Kurdes, le gouvernement intenta un procès à son auteur. Près de deux cents intellectuels publièrent de concert un recueil d’articles polémiques dont celui de Kemal. Tous furent poursuivis en justice, mais après deux ans, les autorités décidèrent de clore l’affaire, devenue un peu trop embarrassante. Toutefois, l’histoire ne s’arrêta pas là. Les intellectuels demandèrent au procureur de reprendre l’affaire. A partir de 2001, les dissidents envoyaient même un gâteau d’anniversaire aux juges en même temps que la nouvelle édition du recueil baptisé « Liberté de penser ».
De l’utilité de laver son linge sale en public
Tous les jours à partir de mai 2000, des Péruviens critiques envers le président Fujimori se regroupaient sur la place centrale pour laver le drapeau national, qu’ils considéraient gravement sali. La pratique s’étendit à travers tout le pays et Fujimori démissionna cinq mois plus tard.
Buvette alternative
Dans un état policier, la police sert à maltraiter et arrêter les personnes qui critiquent le gouvernement. Mais tout se complique lorsque les citoyens font des démonstrations d’amour surréalistes pour le gouvernement.
Un groupe appelé Alternative Orange manifestait pour la journée de 8h pour la police secrète et recouvrait de fleurs les voitures de police. Il était tout aussi embarrassant pour le gouvernement de réprimer ces manifestations que de les tolérer.
L’habit ne fait pas le mollah
A Téhéran, les chauffeurs de taxi refusent souvent de s’arrêter pour prendre les religieux qui sont reconnaissables à leur turban.
Des chiens et des dictateurs
En 2007, à Rangoon en Birmanie, des manifestations contre la vie chère furent réprimées durement. Pour continuer leurs protestations, les manifestants utilisèrent des chiens errants auxquels ils collaient des affiches des principaux généraux pour les insulter.
Un rêve collectif
Didier Drogba, le célèbre joueur de football de Chelsea, trouva le moyen de réconcilier la Cote d’Ivoire en proie à la guerre civile depuis 2002. En 2007, il forma l’équipe nationale en insistant pour que chaque ethnie soit représentée. Il exigea aussi que le match de qualification pour la coupe d’Afrique se déroule à Bouaké, la capitale rebelle du Nord. Vingt-cinq mille ivoiriens assistèrent au match contre Madagascar où l’équipe nationale l’emporta 5 à 0. Cet événement fit beaucoup plus pour rapprocher les ivoiriens que tout ce qui avait été essayé jusqu’alors.
Boxeur pacifiste
« Aucun Viet Cong ne m’a jamais traité de Nègre. »
Mohamed Ali prononça cette phrase en 1966. A 25 ans, il était devenu un boxeur poids lourd au sommet de sa gloire. Mais en 1967, il fut appelé pour s’engager au Viet Nam. Il aurait pu trouver une excuse pour ne pas y aller mais il choisit de marquer le coup : « Pourquoi est-ce qu’on me demanderait de mettre un uniforme et de partir à des milliers de kilomètres au Vietnam, pour larguer des bombes et tirer sur des gens basanés, alors qu’à Louisville les soi-disant nègres sont traités comme des chiens et privés des droits les plus élémentaires ? Non, je n’irai pas à quinze mille kilomètres de chez moi pour mettre à feu et à sang une nation qui est plus pauvre, simplement pour assoir la domination des esclavagistes blancs sur les peuples du monde à la peau plus foncée. »
Le 28 avril 1967, au centre de recrutement militaire, Ali refusa de faire le traditionnel pas en avant quand on appela son nom. Il fut mis aux arrêts, déchu de son titre et interdit de rings. Par la suite, il fut condamné à cinq ans de prison mais la peine fut annulée en appel. Il perdit de cette manière trois des meilleures années de sa carrière de boxeur.
Messages cachés
En Birmanie, une série de manifestations de moines bouddhistes en 2007 fut réprimée dans le sang. Une photo du journal pro-gouvernemental New Light of Myanmar fut présentée comme étant celle d’une manifestation contre la guerre en Irak. En réalité, il s’agissait bien d’une manifestation à Londres mais en soutien aux Bonzes. Les censeurs n’avaient même pas pris la peine de vérifier la photo. Cette action permettait de démontrer aux lecteurs birmans l’existence d’un soutien hors de leurs frontières.
Un atome suffit
En Iran, à l’occasion d’un article de vulgarisation scientifique sur la théorie de la relativité, un petit malin avait agrémenté la photographie d’Einstein et son tableau noir avec un message photoshopé en persan : « Quelle erreur ai-je faite en me lançant dans cette histoire de nucléaire ! Mon cher Mahmoud, je t’en supplie, laisse tomber. » Malgré la colère d’Ahmadinejad, l’auteur ne fut jamais retrouvé.
Risibles nouvelles
En 2005, au Népal, le roi décréta l’état d’urgence et suspendit la plupart des libertés fondamentales. Les journalistes résistèrent et continuèrent à donner de vraies nouvelles dans des programmes appelés « conversations » au lieu du bulletin officiel très contrôlé. Le pouvoir s’en aperçut et les journalistes changèrent de stratégie en donnant leurs nouvelles dans des émissions de divertissement. Pour ce faire, ils engagèrent un comique de chanter les bulletins d’information. Le gouvernement perdit patience et fit fermer des stations de radio.
Les nouvelles furent par la suite chantées par mégaphone dans certaines villes. Lorsqu’un des chanteurs était arrêté, un autre prenait sa place. En 2006, des centaines de milliers de personnes prirent le chemin de Katmandou pour y manifester.
Faire semblant
Otpor un mouvement étudiant qui s’opposait à Milosevic, le dictateur de Serbie dans les années 90, se savait sur écoute. Un jour, le mouvement organisa une fausse livraison de tracts. Les policiers furent au rendez-vous et saisirent une multitude de cartons vides sous les rires des passants.
Non, nous n’avons pas voté
La minuscule république d’Ingouchie qui compte quelque 163 000 électeurs fut appelée à voter pour le pantin de la Russie. Très peu de personnes se déplacèrent pour le vote, mais cela n’empêcha pas le pouvoir d’annoncer 98% de participation. Une pétition commença à circuler avec les noms, adresses et numéro d’identité des gens qui affirmaient ne pas avoir voté. La liste représentait à peu près la moitié des électeurs ! En 2008, Moscou poussa le tyran vers la sortie à cause « d’un manque de légitimité ».
Droits de propriété
En Ouganda, lorsque le mari décède son épouse n’a droit à rien. C’est ce qui est arrivé à Aili Mari Tripp en 1996. Dix membres de sa belle-famille sont arrivés chez elle pour se partager les biens de son défunt mari. La veuve a alors usé d’un stratagème. Après s’être déshabillée complètement, elle s’est postée devant sa belle-famille et leur a dit en pointant le doigt vers le bas-ventre : « C’est là un des biens que chérissait le plus mon mari ». Puis se tournant et là : « En voici un autre qu’il adorait. Si quelqu’un veut ses biens, il devra commencer par ces deux-là. » Le beau-père s’évanouit et la belle famille s’enfuit en courant.
Le choc de la désobéissance
Dans la fameuse expérience de Milgram, en 1965, un participant devait donner des décharges électriques de plus en plus fortes à un élève s’il fournissait de mauvaises réponses. Les décharges étaient simulées et l’élève était en fait un acteur. Malgré les cris de douleurs de l’élève, le participant était invité à poursuivre. Les deux tiers des participants sont allés jusqu’à la décharge maximale lorsqu’ils étaient rassurés que leur responsabilité ne serait pas engagée. Seule une toute petite minorité d’individus semblaient être dotée d’une véritable conscience comme M. Rensaleer. Après avoir entendu les cris de l’élève, Rensaleer déclara ne plus vouloir continuer l’expérience. Un homme en blouse blanche intervint :
« Il est absolument essentiel de continuer.
– Eh bien non, je ne veux pas – pas quand cet homme demande à sortir en criant, répliqua-t-il.
– Vous n’avez pas d’autre choix, expliqua l’homme en blouse blanche.
– Mais si, j’ai le choix. Pourquoi n’aurais-je pas le choix ? rétorqua Ransaleer. Je suis venu ici de mon propre chef… Je ne peux pas continuer, je suis vraiment désolé. »
Hitler humilié
Les Juifs mariés à des non-juives avaient bénéficié d’une certaine clémence jusqu’au 27 février 1943, date où commencèrent des rafles pour ce groupe. Les hommes étaient détenus dans un centre communautaire de la rue Rosenstrasse en attendant d’être déportés à l’Est pour une destination sans retour. Mais leurs épouses ne l’entendaient pas de cette oreille. Chaque jour, elles allaient manifester devant le centre dès six heures du matin pour la libération de leurs maris. Les soldats menacèrent de tirer mais elles restèrent sur place. Les manifestations étaient une source d’embarras pour le pouvoir. Finalement, les hommes furent relâchés. Certains même furent ramenés d’Auschwitz.
Sauvetage collectif
En 1943, un diplomate Allemand ébruita le plan de rafle des juifs par les Nazis au Danemark. Les professeurs firent sortir les enfants juifs des classes et leur demandèrent de plier bagage. Dans les hôpitaux, les adultes et enfants furent accueillis sous de faux noms et pour de fausses maladies. D’autres se regroupèrent dans des cortèges près des églises. Des familles furent conduites sur des plages retirées où des bateaux les emmenaient en lieu sûr. A Copenhague, ville de canaux, des bateaux touristiques qui faisaient habituellement le tour de la ville, emmenaient leurs passagers auprès de bateaux de pêche pour fuir. Grâce à cette mobilisation populaire 99% des 7000 juifs du Danemark survécurent.
Ils ont vaincu
Jim Lawson, un pasteur et ami de Martin Luther King, avait séjourné en Inde pour en apprendre davantage sur les méthodes de résistance non-violentes. King lui demanda de venir à Montgomery dans le Sud pour enseigner ces méthodes à des militants.
Lawson cherchait une injustice simple et manifeste où il pourrait appliquer son entraînement. Il jugea que les comptoirs réservés aux Blancs offraient la meilleure opportunité.
Le 27 février 1960, des étudiants bien habillés vinrent s’assoir en groupes aux comptoirs des restaurants dans tout Nashville. Certains furent arrêtés et d’autres battus, comme ils s’y étaient préparés. Près d’une centaine de personnes furent entassées dans les cellules de police et les nouveaux activistes qui les rejoignaient arrivaient en chantant. Après plusieurs semaines de manifestations pacifiques, et de répression violente, le maire de la ville dût de céder. Les comptoirs de restaurant furent ouverts aux Noirs le 10 mai 1960.
Le printemps que rien ne peut arrêter
En 2003, l’assemblée de Kaboul, ou loya jirga, une jeune femme Malalai Joya fit une entrée remarquée. Le chef de l’assemblée demanda le silence et expliqua que Malalai venait de loin et que l’assemblée devait l’écouter : « Je souhaite adresser des critiques à mes compatriotes ici présents. Comment se fait-il que des criminels soient autorisés à siéger dans cette loya jirga ? » Ces quelques mots créèrent un tumulte mémorable. De retour dans son village natal, celle-ci déclara : « ils peuvent couper une fleur, mais rien ne peut arrêter le printemps ». Elle fut élue au parlement en 2005.
A la recherche d’une humanité perdue
En Israël, un certain nombre de soldats appelés refuzniks, n’étaient pas d’accord de prendre pour cible des populations civiles. Une des méthodes les plus efficaces pour embarrasser les autorités a été de parler des abus dont ils avaient été témoins ou auxquels ils avaient participé.
Excès de bravoure
Fritz Kolbe était un fonctionnaire Allemand qui haïssait viscéralement les Nazis. En 1943, il s’était entendu avec les services secrets américains pour leur fournir gratuitement des documents confidentiels auxquels il avait accès. En effet, il était chargé de transmettre le courrier diplomatique entre Berlin et l’ambassade allemande en Suisse.
Résistance vestimentaire
La journaliste soudanaise Loubna Hussein a été arrêtée en 2009 pour avoir porté un pantalon. La peine encourue était, entre autres, de dix coups de fouet. Loubna démissionna alors de son poste à la cellule de communication de l’ONU pour ne pas avoir à utiliser son immunité diplomatique. Elle invita aussi des centaines de personnes assister à sa flagellation. Tout cela embarrassa les autorités qui ajournèrent le procès à deux reprises. Finalement, le juge proposa de commuer sa peine en une amende d’environ 160 euros. Elle refusa à nouveau et se présenta… en pantalon à l’audience.
Les habits de l’empereur
Peter Benenson, un avocat londonien, était révolté par le sort des prisonniers d’opinion, arrêtés pour avoir dit ce qu’il ne fallait pas dire. Le 28 mai 1961, il publia un article dans The Observer où il lançait une campagne pour conscientiser le public et recueillir des témoignages. Cet article, repris dans la plupart des journaux à travers le monde, donna naissance à un mouvement qui deviendra par la suite Amnesty International. Le principe de cette organisation gouvernementale était que si les gouvernements se savaient observés, cela les influencerait.
Catalogue des horreurs
Le livre Brasil : Nunca Mais, ou « Brésil : plus jamais » est un recueil des tortures infligées lors de la dictature militaire entre 1964 et 1979. Ce livre mettait en cause des hauts-fonctionnaires encore en poste.
La publication de l’ouvrage a été rendue possible par la collaboration secrète de trois hommes d’église : un pasteur dont le frère est mort aux mains des militaires, un archevêque catholique de Sao Paulo et un Dominicain à Genève qui récolta les fonds pour l’entreprise.
Il faut savoir que les tribunaux militaires avaient conservé les minutes des procès, y compris les détails des actes subis par les accusés. Or une nouvelle loi autorisait les avocats des accusés à accéder à ces archives. Avec leur aide, les dossiers furent photocopiés à la chaîne, cumulant un total d’un million de pages qui furent enregistrées sur microfilm et envoyées à Genève pour l’édition. L’archevêque imposa aux éditeurs le secret sur la sortie de ce livre. Lorsque celui-ci apparût sur les étagères en 1985, ce fut un énorme succès populaire. Les généraux impliqués avaient bien des velléités d’interdire le livre, mais ils réalisèrent que c’était peine perdue. Une version en anglais circulait déjà aux États-Unis.
Mémoires d’outre-tombe
Zhao Ziyang fut écarté du pouvoir en 1989 en Chine après « l’incident de Tiananmen » pour s’être opposé à la répression. Il fut placé en résidence surveillée jusqu’à sa mort en 2005. Malgré l’étroite surveillance dont il fit l’objet, il put enregistrer trente heures de commentaires à propos des massacre. A sa mort, ces amis retranscrivirent les enregistrements et éditèrent un livre choc à Hong Kong qui s’arracha comme des petits pains. En Chine continentale, le livre fut téléchargé massivement.
Une révolution qui balance
Plastic People of the Universe était un groupe de rock de Prague très en vogue au début des années 1970. Ce groupe était apolitique mais cela n’a pas empêché le gouvernement communiste de l’interdire.
Le groupe employa différents stratagèmes pour contourner l’interdiction. Il organisa des conférences sur l’histoire de l’art et l’analyse de la musique du groupe Velvet Underground. Ces manifestations servaient de prétexte à un concert en bonne et due forme. Le groupe organisa aussi des concerts déguisés en soirées privées.
Finalement, le gouvernement décida de sévir. Il fit arrêter les membres du groupe et les condamna à de sévères peines de prison. En réaction, un certain nombre de dissidents rédigèrent la Charte 77 en 1977 réclamant le respect des droits fondamentaux et en particulier la liberté d’expression.
Une imposture culottée
Il est parfois nécessaire de dire un mensonge pour révéler une vérité. En 1984, la catastrophe industrielle d’Union Carbide en Inde avait fait près de 4000 morts et 25000 victimes en tout.
En 2001, Dow Chemicals racheta cette compagnie. Peu avant le 20ème anniversaire de la catastrophe, deux militants New Yorkais, Bichlbaum et Bonanno créèrent un faux site web qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à celui de Dow Chemicals. Un journaliste de BBC World mordit à l’hameçon et suggéra une entrevue en direct.
Bilchbaum déclara alors que la compagnie allait indemniser les victimes de la tragédie à hauteur de 2 milliards de dollars. Cette imposture, qui fut rapidement découverte, eut le mérite de remettre sur le devant de la scène la catastrophe industrielle.
Une pour tous
Helen Suzman haïssait le régime d’Apartheid de son pays, l’Afrique du Sud. En 1961, elle fut l’unique membre du Parti Progressiste à être élu. Elle n’avait de cesse que d’intervenir au parlement si cela pouvait servir sa cause. Un jour, un ministre lui fit savoir qu’elle embarrassait le pays avec son attitude, ce à quoi elle répondit : « Ce ne sont pas mes questions qui embarrassent l’Afrique du Sud, ce sont vos réponses. »
Suzman prenait un malin plaisir à questionner les lois ségrégationnistes pour en démontrer l’absurdité, comme par exemple les distinctions entre Blancs, Noirs, Métis et Indiens. Ainsi, un changement de classification avait des conséquences dramatiques sur le type d’emploi permis, le lieu d’habitation ou les personnes avec qui l’on pouvait se marier.
En 1960, la police ouvrit le feu sur des Noirs qui manifestaient pacifiquement contre les « pass », une sorte de passeports intérieurs. Le gouvernement décréta l’état d’urgence et des milliers de personnes furent détenues sans jugement. Suzman obligea l’opposition à se montrer sous son vrai jour en réclamant systématiquement un vote en présentiel. Suzman se retrouva ainsi très souvent seule à voter contre le parti nationaliste et la prétendue opposition.
En raison de ses positions, Suzman fit souvent l’objet de menaces de mort. Cette femme intrépide avait une astuce bien particulière pour répondre aux appels nocturnes malveillants. Elle utilisait un sifflet strident en guise de réponse aux menaces.
Mandela parla du courage de cette femme en ces termes : « [son courage] tirait sa force de la conviction selon laquelle aucun individu ne peut être libre tant que les autres ne le sont pas. »
Questions de pouvoir
Il y eut des événements précurseurs avant la chute du mur de Berlin. Tout commença au printemps 1989 lorsque la Hongrie prit ses distances avec le communisme et entrouvrit la frontière avec l’Ouest. De nombreux Allemands de l’Est profitèrent de leurs vacances d’été en Hongrie (les voyages étaient autorisés entre pays communistes) pour rejoindre l’Ouest. Dans le même temps, des foules défilaient en Allemagne de l’Est en scandant : « Nous restons ici ! », ce qui sous-entendait qu’elles voulaient changer les choses dans leur pays.
Durant l’été et l’automne, les manifestations rassemblèrent de plus en plus de monde, tout particulièrement à Leibzig. Chaque lundi, des opposants se rassemblaient dans la célèbre église Nikolaikirche pour des « prières pour la paix ». Ces réunions se transformèrent en manifestations monstres. La police procédait alors à des arrestations et maltraitait les manifestants. Le 6 octobre, une lettre anonyme parut dans le journal local qui menaçait les manifestants de représailles. Le lundi 9 octobre, les hôpitaux furent vidés en prévision des victimes. La manifestation qui regroupa 70000 personnes eut pourtant lieu comme à l’accoutumée… et il ne se passa rien. Le mur de Berlin tomba un mois plus tard.
Si mignons et tellement subversifs
En Chine, l’Internet est soumis à la censure. Une recherche sur Tiananmen ne vous mènera nulle part. En 2009, les Chinois s’entichèrent de petites vidéos virales dont les personnages ressemblent à des lamas appelés « chevaux de l’herbe et de la boue », ou caonima en chinois. Or caonima en chinois ressemble étrangement à une insulte obscène, ce qui enragea les autorités.
Outre l’exécutoire offerte par ces vidéos Youtube, leurs créateurs y inséraient des messages subversifs. Par exemple, les « crabes des rivières » contre lesquels se battaient les « chevaux des prairies » représentaient les censeurs.