Introduction
La « factualité » est la mise en perspective des faits rapportés par les médias pour éviter de sauter aux conclusions. En reconnaissant nos instincts et comment ils fonctionnent, nous sommes mieux armés pour avoir une vision plus nuancée de la réalité.
Fait rare, l’auteur partage les erreurs qu’il a commises dans le cadre de ses missions humanitaires. Il détaille également certaines erreurs de la santé publique et pourquoi nous devrions être sceptiques vis-à-vis des experts.
Points clés à retenir
Les principes de la factualité
- Repérez les histoires qui parlent d’un fossé entre deux groupes. Pensez que ces fossés, mêmes s’ils existent, concernent une minorité en général. Pour garder le contrôle, cherchez la majorité car la plupart des gens se trouvent au milieu.
- Repérez les nouvelles négatives. Pensez que la plupart des nouvelles positives ne sont pas rapportées, ce qui contribue à nous donner une image du monde plus négative qu’elle n’est en réalité. Pour lutter contre cette tendance, attendez-vous aux mauvaises nouvelles.
- Repérez lorsque vous extrapolez une tendance sur un graphique. Pensez que les lignes se prolongent rarement en ligne droite dans le monde réel. Pour garder le contrôle, imaginez d’autres formes de courbes.
- Repérez les histoires qui suscitent la peur. Pensez que nous sommes instinctivement captivés par les choses effrayantes comme la violence, la captivité ou la contamination. Pour lutter contre cette tendance, calculer objectivement les risques.
- Repérez les chiffres impressionnants. Pensez que des chiffres isolés et hors de tout contexte peuvent influencer notre perception. Pour prendre du recul, comparer avec d’autres chiffres ou faîtes des proportions.
- Repérez lorsque vous faîtes des généralisations. Pensez que nous ne pouvons pas nous empêcher de généraliser. Pour lutter contre cette tendance, interrogez vos catégories. Ne partez pas du principe que les autres sont des imbéciles.
- Repérer lorsque vous supposez que des choses sont permanentes. Pensez que des gens, des religions ou des cultures ont l’air permanent uniquement parce qu’ils changent lentement. Pour garder le contrôle, rappelez vous qu’un changement lent reste un changement.
- Repérez lorsque vous analyser un événement sous un seul angle. Pensez qu’un problème peut être abordé selon différents angles, certains plus appropriés que d’autres. Pour lutter contre cette tendance, ne devenez pas un marteau à la recherche d’un clou.
- Repérez lorsque vous recherchez un bouc-émissaire. Pensez que l’instinct du blâme est très puissant et nous empêche de voir d’autres explications possibles. Pour contrôler cette tendance, résistez à la facilité de blâmer quelqu’un.
- Repérez les situations présentées comme des urgences. Pensez à toutes les fois où on vous a fait valoir une urgence alors que ce n’était pas le cas. Pour contrôler l’instinct d’urgence, procédez par petits pas.
Niveaux de richesse
Ci-dessous, une illustration concrète des niveaux de richesse.
- <2$/jour (1 milliards d’humains) : l’eau est tirée d’un trou de boue à 1h de marche, vous avez 5 enfants, vous marchez pieds nus, vous produisez votre nourriture, vos conditions de vie sont insalubres.
- 2-8$/jour (3 milliards) : vous pouvez acheter des poules et avoir des œufs. Vous avez un vélo et des sandales. Vous n’avez plus besoin de ramasser du bois car vous avez un réchaud à gaz. Vos enfants peuvent faire leurs devoirs grâce à une ampoule. Peut-être trouverez-vous un travail à l’usine textile du coin. Un peu de malchance et vous retournerez au niveau 1.
- 8-32$/jour (2 milliards) : vous avez l’eau courante, une mobylette, un réfrigérateur, des enfants à l’université, votre épargne vous protège et vous empêche de revenir au niveau 2.
- >32$/jour (1 milliard) : vous avez plus de 12 ans d’éducation, vous mangez dehors une fois par mois, vous avez de l’eau froide et chaude. Vous avez déjà pris l’avion pour partir en vacances, vous avez une voiture.
Faits peu connus
Notre perception est déformée par les médias de masse. Voici quelques faits qui vont à l’encontre de nos préjugés :
- Dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, le taux d’homicide est de l’ordre de 10% et les enfants ne sont pas épargnés.
- Voici le résultat d’études effectuées après certaines « catastrophes » écologiques :
- Le DTT présente plus d’avantages que d’inconvénients pour la santé. Par exemple son utilisation est pertinente dans les camps de réfugiés.
- Il n’y a pas eu d’excès de mortalité après Tchernobyl
- Il n’y a pas eu de morts causées par la radioactivité à Fukushima, mais 1600 personnes, la plupart âgées, sont mortes en fuyant ou dans les abris (stress)
Vaccination
Si vous êtes contre le fait de vacciner vos enfants contre la rougeole, posez-vous deux questions :
- Quelles sont les conséquences si vos enfants attrapent la rougeole (1 ou 2 sur 1000 décèdent)
- Qu’est-ce qui me ferait changer d’avis ?
Les experts
Il faut une dose de scepticisme face aux experts, car eux aussi font des erreurs et parfois ils déforment intentionnellement la réalité.
Les experts ne font pas confiance à la nature
Les organismes de santé publique à travers le monde ont longtemps recommandé de faire dormir les bébés sur le ventre. Derrière cette recommandation, il y avait une analogie avec la position latérale pour les blessés : afin qu’ils ne s’étouffent pas avec leur vomi. Mais les bébés, contrairement aux blessés ont des réflexes parfaitement fonctionnels. Cette décision « d’experts » a causé la mort de 60000 bébés avant qu’une étude de Hong Kong ne démontre clairement sa dangerosité.
Autant d’avis que d’experts
Lorsqu’on sait que les économistes ne sont pas d’accord entre eux sur ce qui cause la croissance, on doit faire attention. On manque peut-être de données utiles ou bien il n’y a pas d’explication unique.
De plus l’expertise des experts ne vaut que pour leur propre champ.
Experts militants
Parfois, les experts ne sont pas des experts mais simplement des militants dont l’idéologie fausse le jugement. Dans leur effort désespéré pour alerter les gens sur leur cause, ils oublient les progrès accomplis.
Rien ne vaut l’expérience du terrain
Plutôt que de se baser sur des chiffres parfois manipulés parfois erronés, certains utilisent une approche directe pour évaluer la santé économique de leurs compatriotes :
J’ai donc pris l’habitude d’observer, chaque année, les marches du Premier Mai. […] je regarde les pieds des gens, et le type de chaussures qu’ils portent. Je sais que les gens font tout pour se faire beaux ce jour-là. […] Et je vois s’ils marchent pieds nus, s’ils ont de mauvaises chaussures, ou s’ils ont de bonnes chaussures. Et je peux comparer avec ce que j’ai vu l’année précédente.
La médecine n’est pas la solution unique
Éradiquer une maladie grave… surtout pour les riches
Dans les années 1950 un certain Dr Mahler, médecin danois proposa à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) un moyen d’éradiquer la tuberculose. Son idée était d’envoyer des bus équipés de rayons X pour repérer les porteurs du bacille de Koch et les traiter. Seulement les bus n’ont pas eu le succès escompté car les villageois indiens à qui ils étaient destinés avaient des besoins plus criants : fractures, diarrhée, accouchements etc. On comprit alors qu’il était plus sage de fournir des soins élémentaires de santé et de les améliorer graduellement.
Les autorités décident de « faire quelque chose »
Suite à ce qui ressemblait à une maladie infectieuse dans une zone rurale en Afrique, Hans Rosling fit part de ses inquiétudes aux autorités. Un barrage fut alors érigé sur la route qui menait à la ville principale car « il fallait faire quelque chose ». Voyant la route barrée, les paysans qui voulaient vendre au marché de la ville montèrent à bord de bateaux de pêcheurs pour contourner le barrage… ils se noyèrent tous. Par la suite, il s’est avéré qu’il s’agissait d’un empoisonnement alimentaire dû au manioc.
Il faut susciter la peur pour la bonne cause
« Nous devons susciter la peur » dit Al Gore… à propos de la façon d’enseigner le changement climatique. Mais il y a un problème avec cette notion. L’exagération mine la crédibilité des données, et une fois découverte, conduit les gens à décrocher. Ne donnons jamais aux gens une raison de cesser de nous écouter.
Manipulation par le CDC des chiffres de contamination à Ebola
Quand on vous demande d’agir, parfois, l’action la plus utile que vous puissiez entreprendre est d’améliorer les données.
Lors de l’épidémie d’Ebola de 2014, en regardant bien les données, on pouvait constater que les mesures de santé publiques fonctionnaient et que le nombre de décès réellement causés par Ebola diminuait. Cependant les cas « suspects » explosaient. Les gens qui décédaient étaient très souvent classés dans cette catégorie y compris ceux qui mourraient faute d’accès au soin en pleine épidémie. Alors même que les vrais chiffres étaient publiés par Hans Rosling à l’OMS, le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) continuait à publier des courbes qui croissaient. Cela était fait avec les meilleures intentions et pour entretenir un sentiment d’urgence. Mais ils mettaient en péril la crédibilité des données épidémiologiques.
Commentaires
Toute ressemblance avec des événements récents est fortuite. Voici une très belle présentation de feu Hans Rosling.