⭐⭐⭐⭐Livre sur l’origine du progrès humain par Henry Grady Weaver

Introduction

Le livre « The Mainspring of Human Progress » de Henry Grady Weaver est un ouvrage qui va à contrecourant des idéologies mortifères en « isme ».

A notre époque particulière où l’État est présenté comme la solution à tous les problèmes, la santé, l’écologie, l’économie, l’éducation, etc., ce livre est rafraichissant. L’auteur présente l’histoire sous un angle inédit, non pas celui des Princes, des États, ou des Nations, mais celui de l’individu.

La thèse proposée est que le principal obstacle au progrès est le gouvernement. Au-delà d’un certain seuil nécessaire pour garantir la sécurité publique et les droits de propriété, plus d’État veut dire moins de responsabilité pour les individus, et donc moins d’incitations pour innover et créer.

Vous ne trouverez jamais un tel discours dans vos manuels d’histoire ! Alors, bonne lecture.

Points clés à retenir

Questions intrigantes

Les États-Unis d’Amérique sont devenus le pays le plus prospère du monde en à peine trois génération. A quoi cela est-il dû ? Pas aux ressources naturelles. La Chine, la Russie, l’Inde et l’Afrique en disposent aussi. Ce n’est pas non plus parce que les Américains travaillent plus dur que les autres. En fait, ce sont sans doute les autres qui travaillent dur pour survivre. Les Américains sont-ils supérieurs ? Pas vraiment, leurs ancêtres ont connu la faim comme tous les autres peuples.

En fait, la réponse est que nulle part ailleurs dans le monde, l’énergie humaine n’est mieux utilisée qu’aux États-Unis.

La condition humaine est celle d’une lutte permanente pour la survie et contre les forces de la nature : les maladies, les éléments, les catastrophes naturelles, les nuisibles, etc. Nous ne devons jamais oublier cet état de fait, sans quoi nous risquons d’être déconnectés de la réalité et ne plus faire face comme il le faut.

Vos actions peuvent être limitées, contraintes ou empêchées par la force, mais au bout du compte le choix d’obéir ou de pas obéir vous appartient. Rien, ni personne ne pourra vous enlever ce choix-là.

Comme pour l’énergie mécanique ou l’énergie électrique, il existe une bonne façon d’exploiter l’énergie humaine. Tout d’abord, l’homme est doué de raison et capable d’imagination. Il peut apprendre de ses expériences et de celles des autres. Pour ces raisons, il est capable de créer de nouvelles choses. Remarquez que si ces choses n’étaient pas sa propriété, il n’aurait aucune incitation à les améliorer.

L’effet de levier

L’invention des outils a démultiplié la productivité du travail humain en permettant une meilleure utilisation de l’énergie, une spécialisation du travail, et une collaboration accrue. Le concept de propriété privée est sans doute apparu en même temps que les outils.

Un réseau de relations et ses contraintes

Celui qui blesse les autres se blesse lui-même en réduisant les opportunités qui naissent de la coopération et de l’échange. Comme il existe une infinité de goûts et de couleurs, tous les hommes ne voudront pas la même chose au même moment. Les choix, les compromis et les décisions qui sont l’aboutissement d’un processus coopératif et compétitif sont meilleurs que ceux qui seraient faits sans tenir compte des autres.

Du point de vue de l’individu, ces frictions peuvent paraître une perte de temps et un obstacle à la réalisation de ses désirs. Si seulement une autorité suprême pouvait orienter les affaires humaines, tout serait tellement plus simple ! Supposons que vous ayez une idée grandiose qui améliorera le sort de l’humanité mais malheureusement certains ne sont pas d’accord. Fatigué d’essayer de les convaincre, vous concluez que la coercition est la solution. Après tout, la fin justifie les moyens !

L’argument est toujours le même. Si seulement il existait une autorité centrale à qui déléguer la résolution de nos problèmes, tout serait tellement mieux dans le meilleur des mondes. Vraiment ? A peu près toutes les variantes de cette idée ont été testées depuis Platon. Elles ont toutes échoué car (1) seul un humain peut générer de l’énergie humaine et (2) seul un humain peut contrôler l’énergie qu’il génère.

C’est l’incapacité à comprendre cette règle simple qui est la cause de la stagnation de la plupart des sociétés humaines depuis 6000 ans.

Le comportement humain est, pour une large part, déterminé par les croyances religieuses du groupe auquel il appartient. C’est par conséquent la foi religieuse qui anime le groupe qui contrôle les énergies à l’intérieur du groupe.

Vision païenne

La vision païenne est fataliste. Elle considère que l’individu est impuissant et qu’il n’y a rien qui puisse être fait pour améliorer son sort. Dans cette vision du monde, l’homme ne contrôle rien et par conséquent n’est pas responsable de ses actes. Possiblement la plus ancienne forme de cette vision païenne est la croyance dans la toute puissance de la volonté de la tribu, aujourd’hui appelée « l’intérêt général ». Au nom de cette vision, la partie doit être sacrifiée pour le tout. Les Aztèques retiraient le cœur palpitant de leurs victimes, les Crétois donnaient leurs filles en sacrifice à Minos et les Carthaginois brûlaient vifs leurs bébés pour le dieu Moloch.

De nos jours, beaucoup de personnes intelligentes, civilisées, amicales continuent de penser qu’il faut se conformer à la volonté des masses. Cela est contraire aux vertus chrétiennes d’auto-suffisance, de développement personnel, de confiance en soi, de respect de soi et d’autodiscipline. Cette vision est promue sous le nom de progrès social mais fait en réalité le lit des tyrans, dictateurs et autres despotes.

La plupart des malheurs dans l’histoire des hommes trouve son origine dans le zèle d’individus bien intentionnés. Armés de la-grande-idée-qui-explique-tout, et faisant fi des libertés individuelles sauf la leur, ces « saints » ont toujours voulu faire le bonheur des gens malgré eux… Curieusement, ils arrivent au même argument : « J’ai raison. Ceux qui ne sont pas d’accord ont tort. S’ils ne veulent pas se conformer, ils doivent être détruits. » A ce stade, les « saints » sortent les guillotines.

Socialisme et/ou communisme

Il n’y a pas de différence de nature entre le socialisme et le communisme, la destination est la même, seul le chemin est (un peu) différent. Karl Marx, soutenu par le riche Engels, a ressuscité la vision païenne de la volonté collective sous des dehors pseudo-scientifiques.

A peu près à la même époque que Marx, un économiste français, Frédéric Bastiat observa que plus le capital s’accumulait, plus la part relative allant aux travailleurs augmentait. Et c’est effectivement ce qui s’est passé dans l’économie de marchés américaine.

Marx et ses acolytes, quant à eux, faisaient l’erreur de supposer que l’économie était statique. Ils se concentraient sur les économies industrialisées arrivées selon eux à maturité grâce aux capitalistes. De telles économies leur apparaissaient comme des cibles de choix pour une prise de contrôle via les autorités gouvernementales. Lénine, au début du 20ème siècle, était trop impatient pour attendre l’industrialisation de son pays la Russie et prôna la prise du pouvoir par la violence et sans attendre.

Il y eut toutes sortes de communautés fondées sur des principes communistes aux États-Unis à commencer par la première : le May Flower. Cependant, après un hiver qui tua la moitié des Pèlerins, la communauté commença à donner plus de place à l’individualisme. Depuis lors, les autres tentatives de communautés communistes américaines ont toutes échoué. En effet, les membres de ces communautés pouvaient facilement comparer leur sort avec celui des communautés libres environnantes.

Sous un régime communiste, tout est supposé est sous le contrôle des masses, du moins en théorie. En pratique, un petit nombre de dirigeants éliminent toute idée contraire à « l’intérêt général », lui-même défini par les dirigeants… Certains communistes admettent cet état de fait mais clament qu’il est seulement temporaire. Pourtant, l’expérience humaine démontre que les dictatures ont tendance à durer. En fait, leurs méthodes ont même tendance à devenir de plus en plus impitoyables afin de masquer les erreurs et les faillites du système.

Le monarque

Là où le communisme met au-dessus de tout l’intérêt général, d’autres régimes vont ériger une personne en représentant de leur dieu ou comme l’incarnation de leur dieu. C’était le cas des Pharaons d’Égypte par exemple. Ce monarque est en général entouré par un groupe de personnes, nobles, samouraïs, bureaucrates qui ensemble forment le gouvernement.

De tels régimes ont certains avantages par rapport au communisme. Tout d’abord, leurs dirigeants ne se croient pas en général investis d’une mission humanitaire. Ensuite, ils ont tendance à être moins extrêmes que l’ambitieux dictateur collectiviste. Alors que le communisme a pour objectif une société statique, les régimes monarchiques présentent souvent des discontinuités entre deux règnes qui sont propices à l’essor de l’initiative individuelle.

Le progrès humain était donc plus l’exception que la règle dans notre histoire. Chaque fois que des hommes ont essayé d’améliorer leur sort, le gouvernement est intervenu pour les arrêter dans leur élan. L’objectif du gouvernement, comme toujours, était de les aider et de canaliser leurs énergies comme il l’entendait, sous la supervision des bureaucrates et parfois avec l’aide de la police et de l’armée. Ces méthodes n’étaient malheureusement pas appropriées pour susciter la créativité, l’effort et la persévérance. Voilà pourquoi le travail d’esclave n’a jamais été à la hauteur de celui fourni par des hommes libres dans les occupations qui requiert de l’imagination et de l’initiative.

Le pouvoir absolu engendre également des effets délétères sur ceux qui en usent et abusent : arrogance, intolérance, sadisme.

Le gouvernement a bien un rôle à jouer. L’homme étant ce qu’il est, certains seront toujours tentés de s’en prendre aux autres. Plutôt que d’armer toute la population et de créer des milices qui pourraient prendre goût à leur fonction, il est plus économique de financer une police et une justice.

Le grand manège

A maints égards, un dirigeant incompétent, paresseux ou négligent est préférable à un dirigeant trop efficace. C’est grâce à l’incurie du Roi John que la charte des libertés « Magna Carta » fut possible.

Des lois et réglementations ont régulièrement été passées pour favoriser l’industrie. En réalité, ce sont les gens productifs qui sont taxés et perdent beaucoup d’énergie à naviguer à travers la bureaucratie. L’effet de ces réglementations est de susciter des vocations de contrebandiers, mais ce sont ces contrebandiers qui ont permis à l’industrie française de survivre à la bienveillance de l’État sous Louis XIV.

Aucun homme ne peut contrôler les pensées, les initiatives et la créativité d’un autre homme. L’utilisation de la force ne peut que limiter, gêner ou empêcher. Elle n’est donc pas le meilleur moyen de contrôler les énergies humaines.

Le monopole de la violence dont dispose le gouvernement n’est possible que parce que (1) la population consent et (2) elle le soutient économiquement. Il arrive que les masses se révoltent contre l’autorité en place. Lorsqu’elles souffrent de la faim, elles considèrent qu’elles ne sont pas adéquatement contrôlées et qu’une autorité plus forte, plus sage va arranger les choses. Lorsqu’elles en ont assez de changer de roi, elles changent de régime : un moine roi, un roi dieu, un roi et un parlement, un tyran et un parlement, un tyran et des aristocrates… A peu près toutes les combinaisons ont été essayées, mais à chaque fois, il s’agit toujours de trouver l’autorité qui va améliorer leur sort.

Nos révolutions sont des révolutions seulement dans le sens où il s’agit de faire tourner en permanence une roue dont l’axe est immobile. En fin de compte, nous tournons en rond.

En réalité, il n’y a eu qu’une seule révolution, celle pour la liberté individuelle.

Première tentative

Tout a commencé avec Abraham. Alors que les autres hommes voyaient l’action des dieux en toute chose, Abraham réalisa qu’il n’y avait qu’un seul Dieu, que l’homme était libre de choisir le bien ou le mal, et qu’il était responsable de ses actes.

Moïse eut les plus grandes difficultés à soustraire son peuple de l’esclavage. Et les fils d’Israël ne lui furent pas reconnaissants. Après des générations d’esclavage, ce peuple était devenu passif, soumis et s’attendait à être nourri et logé. Ils voulaient faire de Moïse leur roi pour pouvoir le critiquer et le rendre responsable de tous leurs maux. Mais Moïse s’obstina que nul homme ne pouvait régner sur un autre et qu’ils étaient responsables de ce qui leur arrivait.

Samuel avait aussi averti les fils d’Israël qui lui demandait avec insistance de devenir leur roi. D’abord, il y aurait la ponction sur la production, puis l’arrivée d’une bureaucratie et de lourds impôts, suivi par la stagnation et la pauvreté pour finir dans la guerre. Mais les fils d’Israël se choisirent un roi et comme toutes les autres nations, ils ont été détruits par la guerre.

En dépit de tout cela, les fils d’Israël ont continué à transmettre depuis 4000 ans les enseignements d’Abraham. A cause de leur liberté et de leur esprit d’entreprise, ils ont toujours été haïs dans l’ancien monde et le monde moderne.

Le Christ poursuivit l’œuvre d’Abraham et des autres prophètes et l’élargit dans le sens d’une plus grande collaboration entre frères. Il enseigna de faire aux autres ce que nous souhaiterions qu’ils nous fassent. Lorsqu’il dit qu’il fallait rendre à César ce qui appartenait à César, il parlait uniquement des choses qui peuvent prises par la force : l’argent, les biens et la vie elle-même, mais pas la liberté.

Compromis

La démocratie n’est pas du tout une garantie de paix et de prospérité. La règle de la majorité, lorsqu’elle n’est pas restreinte, conduit immanquablement à l’oppression de la minorité. Si le principe démocratique n’est pas maintenu dans des limites raisonnables, le pire est à craindre. La tentation est grande d’acheter les voix en échange des dépenses gouvernementales. Un chef émerge qui promet qu’on rasera gratis demain. C’est un peu ce qui s’est produit avec Périclès et l’histoire s’est achevée par la victoire de Sparte sur Athènes.

Les Romains ont appris des Grecs. Leur grande avancée fut d’introduire des lois qui n’étaient pas basées sur des superstitions locales. Leur vaste empire ne leur laissait pas le choix. La loi romaine était appliquée avec rigueur et impartialité.

Au Moyen-Age, est apparu le système féodal, qu’on pourrait décrire comme une espèce de communisme à l’intérieur de classes sociales hiérarchisées. La dureté des conditions de vie était atténuée par la vie en communauté et par le christianisme. La guerre était continuelle mais cela restait une affaire de nobles.

Mais le système féodal s’est éteint un peu partout en Europe, sauf en Grande Bretagne où les nobles purent faire barrage au roi. La « Magna Carta » fut une reconnaissance par le roi de certaines libertés individuelles.

En principe, la liberté est un droit naturel. Elle ne devrait pas être donnée comme un privilège par une autorité, quelle qu’elle soit. Si une liberté est donnée, elle peut être reprise. En effet, dans les autres pays européens, il y eut des équivalents de la Magna Carta, mais les souverains ultérieurs abrogèrent ces accords.

En Grande Bretagne, l’héritage du féodalisme est encore visible dans la valeur accordée aux droits individuels, tandis que le christianisme a contribué à rendre la loi plus humaine.

Deuxième tentative

Il y a 1400 ans environ, un commerçant entreprenant fut à l’origine de la seconde tentative d’instaurer la liberté individuelle. Né en 570 après J.C., venant d’une bonne famille, il fut dépouillé de son héritage à la mort de ses parents et dut travailler 16 à 18h par jour et dormir à la belle étoile. Bien que ne sachant ni lire ni écrire, il démontra de grandes capacités et devint respecté dans sa communauté. Il était d’accord avec Abraham et Jésus.  Il n’y a qu’un seul Dieu, qui juge les hommes mais ne les contrôle pas, chaque individu est responsable de ses actes, et tous les hommes sont des frères.

En partageant ses opinions, il se créa beaucoup d’ennemis à la Mecque qui était le centre d’un pèlerinage païen. Il était convaincu que les prêtres avaient corrompu le message d’Abraham en imposant leur autorité d’abord sur les juifs, puis plus tard sur les chrétiens.

En dépit des menaces, la popularité du Prophète de l’Islam grandit. De plus en plus de pèlerins venaient à la Mecque pour l’écouter plutôt que pour adorer les idoles de la Kaaba. Malgré l’interdiction de verser le sang à la Mecque, les notables de la ville s’entendirent pour l’assassiner, mais le Prophète et ses compagnons étaient déjà en route pour Médine.

Les Mecquois s’organisèrent pour attaquer Médine par surprise avec une armée plus nombreuse que les habitants de l’oasis. Ils furent arrêtés au milieu de leur charge de cavalerie par un barrage de flèches. Les Médinois avaient préparé des tranchées où étaient installés leurs archers. Les cavaliers qui arrivaient à franchir les tranchées étaient rapidement encerclés. La nouvelle de cette victoire du Prophète se propagea alors jusqu’aux confins du monde.

Six ans plus tard, le Prophète revint à la Mecque comme simple pèlerin… mais accompagné par 30 000 hommes armés. Les Mecquois embrassèrent la nouvelle religion et les idoles furent détruites. Deux ans plus tard, le Prophète s’éteignit.

Pendant 800 ans, alors que l’Europe stagnait, une civilisation plus proche de celle de l’Amérique qu’aucune autre illuminait le monde. De fervents défenseurs de la liberté individuelle ont fondé et maintenu cette civilisation pendant 30 générations.

Malheureusement, il a toujours existé de forts préjugés chez les Européens à l’endroit des « Sarrasins », en particulier depuis les croisades. En réalité, chez les Sarrasins, aucune autorité n’a censuré leurs scientifiques. Ils ont fondé des écoles de Bagdad à Grenade dont certaines sont devenues des universités.

Les universités, suivant en cela le précepte que l’organisation entraîne la corruption, avaient très peu de règles. Ces institutions n’avaient pas de programme et n’offraient pas de diplôme. Il n’était pas question d’enseigner mais d’apprendre là où se trouvait le savoir. Les cours étaient ouverts à tous. Si un étudiant voulait continuer d’écouter, il s’entendait avec le professeur sur un prix par leçon. Dans le cas où l’étudiant n’était pas satisfait, il arrêtait de payer le professeur et allait voir ailleurs. Avec un tel système, les Sarrasins ont exploité et développé les sciences et techniques héritées des Grecs, des Romains, des Indiens et des Chinois. A partir de leurs observatoires astronomiques sur trois continents, ils ont déduit la forme de la Terre, la révolution autour de son axe et autour du soleil.

En médecine et en santé publique, les Sarrasins réalisaient des dissections de cadavres et des opérations sous anesthésie locale. L’idée des quarantaines lors des épidémies vient des Sarrasins par le truchement de Venise. Le fait que la Renaissance ait eu lieu en Italie doit beaucoup à ses ports et aux échanges avec cette brillante civilisation.

Les croisades, cette agression sans provocation par une armée de 500 000 hommes, a déclenché une guerre mondiale qui s’est arrêtée en 1804 lorsque les Marines des États-Unis ont éliminé la « piraterie » en Méditerranée. Mais pour les pirates, il s’agissait de la continuation de cette guerre mondiale.

Les croisés découvrirent sur place des objets et produits inconnus chez eux : le sucre, le café, la crème glacée, les cosmétiques, la soie, le verre, l’acier damassé, la porcelaine, l’émail, le coton, la mousseline, les matelas. Ils furent surpris par l’abondance des produits agricoles obtenus par une agriculture intensive : riz, épinards, asperges, citrons, melons, pêches, fraises. La propreté des Sarrasins contrastait avec l’hygiène déplorable des chevaliers.

Lorsqu’après un siècle d’occupation Saladin reprit Jérusalem, il permit aux Croisés de partir en sécurité en emportant leurs biens. Les Croisés rapportèrent chez eux quelque chose de plus précieux, les mœurs civiles et le fairplay des Sarrasins qui donnèrent naissance, par la suite, à l’esprit chevaleresque en Europe.

Les Sarrasins ne tuaient pas les blessés, ils ne torturaient pas leurs prisonniers. Ils ne persécutaient pas les Chrétiens, ne mentaient pas et respectaient la parole donnée. C’est à partir de leur exemple que l’aristocratie britannique a donné le jour à l’une des classes dirigeantes les plus remarquables de l’histoire.

Là où les Romains avaient construit des routes pour leurs campagnes militaires, les Sarrasins ont développé des routes pour faciliter le commerce entre les villes. Le service de poste pouvait parcourir 300 km par jour. Les pigeons voyageurs étaient utilisés pour communiquer du Maroc à l’Inde, un système sans égal pour la vitesse et la sécurité avant le 19ème siècle.

La civilisation islamique pourrait être caractérisée par l’anarchie qui existait entre des groupes hétéroclites. Comme les Américains d’aujourd’hui, les différents groupes conservaient leurs traditions. D’un autre côté, ces derniers se regroupaient volontairement dans d’autres associations : commerçants, professeurs, artisans. Les disputes étaient résolues au sein du groupe, souvent grâce à l’arbitrage d’un homme avec une réputation d’intégrité, tout comme dans le Far West. Cette civilisation s’est maintenue 800 ans, sans force de police et sans structures politiques. Son déclin n’a malheureusement pas été aussi étudiée que celui des Égyptiens, des Grecs et des Romains. C’est finalement sous les coups de boutoir de l’Inquisition en Espagne et les assauts barbares des Turcs que cette civilisation brillante s’est éteinte au 15ème siècle.

Prélude à la troisième tentative

Lorsque Christophe Colomb s’est lancé dans son aventure à peine sept mois après la chute de Grenade, il l’a fait muni d’un compas et d’une carte maritime des Sarrasins. L’Inde y était indiquée à l’ouest mais à 13000 km trop près. La raison de ce détour par l’océan était d’éviter les Turcs. Les Sarrasins n’avaient pas ce problème et n’ont donc jamais exploité la voie maritime.

Christophe Colomb n’est pas le premier Européen à avoir atteint l’Amérique. Diverses expéditions avant la sienne ont touché le continent Nord-Américain. Certaines traces de campements scandinaves ont même été retrouvées jusqu’au Minnesota. Par ailleurs, une carte du 13ème siècle est conservé à Venise qui indique précisément les contours de l’île du Labrador.

Cependant, l’aventure de Christophe Colomb est différente car il s’en est suivit un mouvement de colonisation sans précédent. Des milliers d’Espagnols, héritiers de fait de l’esprit de liberté des Sarrasins, se sont engagés en masse et de leur propre initiative pour conquérir le nouveau monde. Le désir de fuir l’Inquisition aura sans doute aussi aidé.

Armés des meilleures intentions, et pour le salut de leurs âmes, les Rois Catholiques entreprirent de purger l’Espagne de ses Morisques qui s’obstinaient à suivre en cachette les traditions de leurs ancêtres Sarrasins. Après avoir envisagé l’extermination, la décision finale fut la déportation en masse des Morisques. Beaucoup moururent avant d’atteindre l’Afrique du Nord ou peu après. L’Espagne était finalement sauvée, purifiée et enfin unie sous une autorité qui allait s’affairer à régenter la vie de chacun.

En apparence, une ère de prospérité s’ouvrait pour l’Espagne qui dominait toute l’Europe, l’Afrique du Nord, les Amériques, et les Philippines. Cependant, après des décennies à se vider de ses forces vives qui s’installaient dans le Nouveau Monde ou combattaient dans les guerres de l’empire, la population espagnole était toute acquise au gouvernement central et la liberté individuelle n’était plus qu’un lointain souvenir.

A la même période, l’Angleterre sombrait dans une relative anarchie du fait de l’impotence de la Reine Elizabeth. Les Anglais n’eurent d’autres choix que de s’organiser comme ils le pouvaient pour survivre, notamment grâce au commerce. L’Espagne crut pouvoir conquérir l’Angleterre à bon compte mais fut défaite par une flotte réunie à la hâte par Francis Drake. C’était le début de la fin pour l’Espagne.

Ses colonies étaient en train de stagner sous le poids de la bureaucratie de Madrid. L’industrie domestique espagnole était anémiée et les dépenses de l’État hors de contrôle. Deux générations plus tard, la population arrivait à peine à manger à sa faim.

Lorsque les gens s’habituent à dépendre d’une autorité centrale pour les choses qu’eux seuls peuvent produire, la psychologie de groupe s’impose toujours, et ils finissent par tous s’entasser dans les villes. Le gouvernement n’est alors plus en mesure de collecter les taxes et réduit drastiquement ses dépenses mais il est déjà trop tard.

Troisième tentative

La troisième tentative commença dans les nouvelles colonies dans les Amériques. Initialement et pour à peu près un siècle, les Conquistadors avaient une organisation minimale et réglaient les problèmes de façon expéditive. Le pouvoir central reprit la main sur les affaires des colonies. Des paysans sélectionnés avec soin par le gouvernement espagnol furent envoyés dans les colonies pour travailler dans des fermes collectives.

Ces fermes étaient établies et gérées de la même manière qu’elles l’auraient été en Espagne. Il en allait de même pour les colonies françaises le long du fleuve Saint-Laurent, autour des Grands Lacs et à la Nouvelle Orléans. Les colons espagnols comme les colons français reproduisaient autant que possible leur façon de vivre en Europe.

A l’inverse des Espagnols, des Français et des Hollandais, les colons anglais ne bénéficiaient d’aucun soutien de leur gouvernement. Leurs villages n’étaient pas bâtis selon des plans précis. Les maisons étaient éloignées les unes des autres sans égards pour les normes européennes. Leurs moissons n’étaient pas partagées équitablement et les colons n’avaient que peu de respect pour les autorités. Les désaccords étaient fréquents dans les communautés et, très souvent, les renégats s’en allaient plus profondément dans l’Ouest.

Les premiers colons anglais étaient loins d’être la crème de la société. Beaucoup n’avaient rien à perdre et n’avaient pas hésité à acheter leur passage au prix d’une servitude de plusieurs années. D’autres ont été kidnappés pour servir comme marins. Enfin, des femmes étaient vendues sur les ports aux colons qui voulaient une épouse.

Tandis que les colons français et espagnols venaient pour servir les intérêts de leur gouvernement, les colons anglais cherchaient à fuir les monarques de l’Ancien Monde. En particulier, certains groupes décriés en Angleterre pour leur radicalisme étaient en quête de liberté religieuse.

Toute l’opération de colonisation était une entreprise privée. Des aventuriers avançaient le capital pour organiser les voyages, promouvoir les opportunités et financer le ravitaillement des colonies en échange d’une partie des profits des colons. Mais, au début tout au moins, ni les organisateurs, ni les colons n’ont vraiment respecté leur part de ce marché.

Il y avait très peu d’aristocrates parmi les colons, et même ceux-là durent trimer pour survivre. Mais c’était un sort sans doute plus enviable que ceux qui avaient toujours été à l’emploi d’un autre et qui durent apprendre à créer leur propre emploi dans le Nouveau Monde.

Après quelques temps, les retours dans le vieux continent se firent plus rares. Des Aristocrates rebelles et aventuriers décidèrent de bâtir une nouvelle vie. D’autres groupes religieux vinrent s’installer pour profiter de la tolérance religieuse du Nouveau Monde. Puis, ce fut au tour des classes moyennes européennes et en particulier les Allemands. Une partie du succès de la colonisation venait de la règle de primogéniture en Europe qui obligeait les fils puinés à se débrouiller comme ils pouvaient. L’Amérique leur offrait une échappatoire.

Les germes de la révolution

Aux alentours de 1660, le roi Charles II signa un décret permettant aux colons de vendre leur coton, leur bois de construction et leur tabac à l’Angleterre, mais uniquement à elle. En échange, les Américains pourraient obtenir du sucre et de la mélasse.

En 1733, la France interdit les importations de produits agricoles des Caraïbes pour maintenir les prix en métropole. Les habitants des Caraïbes étaient prêts à vendre leurs produits à prix modiques aux Américains. Mais les Anglais ne le voulaient pas pour ne pas déprécier les prix dans les colonies. Ils présentèrent la mesure aux Américains comme temporaire. Certains se mirent aussitôt à faire de la contrebande. Au bout des cinq ans prévus, les Anglais renouvelèrent l’interdiction. Les Américains s’en donnèrent à cœur joie et respectèrent l’interdiction comme ils le feront durant la prohibition des années 1920.

Les conflits de la Vieille Europe rattrapèrent les colonies lorsque la France et la Grande Bretagne s’affrontèrent en Amérique du Nord. Les colons développèrent une activité juteuse d’échange de prisonniers entre les belligérants.

Après son accession au trône d’Angleterre, George III mit un terme au laisser-faire de ses deux prédécesseurs. Sous l’influence des philosophes des lumières et de leur idéal du despote éclairé, il entreprit de réglementer la vie de ses sujets et de reprendre en main les colonies.

Alarmé par les prévisions de ses statisticiens qui lui annonçait la dépopulation de Londres à un horizon de 50 ans, il prit action immédiatement pour éviter la catastrophe en restreignant l’émigration vers les colonies et l’expansion à l’ouest des colonies elles-mêmes. Il détermina que les colonies développeraient l’agriculture tandis que l’Angleterre favoriserait l’industrie. L’imposition de certaines taxes, parfois dérisoires, furent très mal accueillie par les colons. La crise culmina avec l’incident du Boston Tea Party.

Le roi réagit violemment en récusant la Charte du Massachusetts, en interdisant les rassemblements et en nommant gouverneur de l’État un de ses militaires. L’envoi de ses forces armées pour contrôler Boston rencontra alors la résistance ferme des Américains.

La Révolution Américaine n’avait pas de chef. Elle était la réaction spontanée d’une multitude d’individus qui savaient qu’ils étaient libres, non pas de manière abstraite mais parce qu’ils l’avaient appris de par leur auto-suffisance et leur initiative.

L’individu inconnu

Parmi les individus qui ont contribué à l’émancipation de l’Amérique vis-à-vis de l’Angleterre, il y a Thomas Paine, un écrivain dont la première publication consistait à donner la recette de la poudre à canon en 1775 pour contrer l’embargo de l’Angleterre.

En 1776, il publia Common sense, un essai écrit dans un style populaire qui fut un succès immédiat. En substance, l’essai expliquait aux Américains de faire ce qui était juste à leurs yeux, de couper les ponts avec l’Angleterre et de mettre en place un gouvernement pour le peuple.

Après dix ans de guerre avec l’Angleterre, les représentants des treize colonies se rencontrèrent à Philadelphie pour s’entendre sur les principes de gouvernement de l’Amérique. Certains souhaitaient une monarchie sur le modèle européen, d’autres une démocratie pure avec les risques que cela comportait de déboucher sur une tyrannie. Le compromis qui émergea, la constitution américaine, fut le résultat d’innombrables discussions et désaccords à travers les colonies.

Comme préalable à la constitution américaine, il fallait d’abord s’entendre sur les constitutions de chaque colonie.

Jusque là, les chartes royales qui régissaient chacune des colonies partaient du principe que ce qui n’était pas autorisé expressément était interdit. L’approche des Américains était inédite : ce qui n’était pas expressément interdit était autorisé.

Les constitutions des colonies furent âprement discutées durant six années, rejetées régulièrement par une population méfiante vis-à-vis de toute autorité. Ce n’est qu’après avoir obtenu des garanties sur les cas autorisés d’utilisation de la force que les Américains acquiescèrent finalement.

Le nouveau modèle

La démocratie ne pouvait pas être le mode de fonctionnement de la nouvelle république. James Madison l’a bien expliqué :

Une pure démocratie […] est sans recours face aux agissements d’une faction. […] Une passion ou intérêt commun […] sera partagé par une majorité […] et il n’y aura aucun moyen de contrecarrer la tentation de sacrifier la minorité […] Ainsi, c’est un fait que de telles démocraties […] ont toujours été incompatibles avec les libertés individuelles ou les droits de propriété ; et elles ont, en général, une vie aussi courte que leur mort est violente.

L’Amérique a choisi de s’organiser sous la forme d’une république représentative. Une république est un régime qui ne traite que des affaires publiques, et reconnaît donc implicitement qu’il existe des affaires privées qui ne sont pas de son ressort, ce qui limite l’étendue du pouvoir politique.

Toute forme de gouvernement place un homme ou un groupe d’hommes au-dessus des autres. Dans ces conditions, comment être certain qu’un tel pouvoir ne soit pas l’objet d’abus ? La seule garantie est de réduire au strict minimum ce pouvoir. D’un autre côté, comment cela pourrait-il être réalisé sans prendre le risque de faire sombrer la société dans le chaos ?

La réponse est fournie par la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et par la création des règles et contrepouvoirs qui régissent les interactions entre ces pouvoirs. L’objectif de ce dispositif était qu’en aucun cas, une personne seule ou un groupe de personnes ne puisse avoir trop de pouvoir. De plus, les libertés individuelles, y compris d’un seul individu contre tout le reste de la société, devaient être sanctuarisées.

Les dix premiers amendements de la constitution, qui protègent les droits individuels, furent le prix demandé par les colonies pour ratifier la constitution américaine.

La Révolution Américaine est la seule révolution car elle considère les droits humains comme inaliénables. En Amérique, les dépositaires de l’autorité publique sont ceux qui reçoivent une permission, et non ceux qui la donnent.

Organisation sans organisation

L’expansion des États-Unis ne s’est pas faite selon un plan, mais a souvent été le résultat de certains individus particulièrement entreprenants. Par exemple, le Président Jefferson n’a pas été ravi d’apprendre l’achat de la Louisiane à Napoléon par deux diplomates à Paris. De même, la Californie a été conquise par un général aventurier.

La révolution gagne du terrain

La Révolution Américaine eut des répercussions dans la Vieille Europe. Les Européens qui ont connu l’Amérique, parfois en combattant contre elle, ont rapporté leurs profondes impressions chez eux. Ils arrivaient aux mêmes conclusions : « L’Amérique est un magnifique pays libre… »

Par la suite, l’exemple américain a inspiré la Révolution Française, puis les mouvements d’indépendance en Amérique Latine. Puis, la répression des mouvements révolutionnaires en Europe a généré de nouvelles vagues d’émigration dans le Nouveau Monde.

En 1848, la Suisse réforma son mode de gouvernance et le calqua sur l’exemple américain, les cantons jouant le même rôle que les États américains dans la fédération.

La guerre de Sécession n’a pas été une guerre civile ni une guerre au nom de la lutte contre l’esclavage mais une guerre entre le Nord industrialisé et le Sud agricole. Le Nord voulait imposer des droits de douane uniformisés sur tous les ports afin de protéger son industrie tandis que le Sud souhaitait pouvoir continuer d’importer des produits manufacturés européens.

Au-delà des motivations économiques, le Nord souhaitait la cohésion de l’Union et le fait que des armées européennes venaient de pénétrer au Mexique lui a sans doute donné raison. D’un autre côté, il se peut qu’ultimement le dernier mot revienne au Sud car la victoire du Nord a fait pencher l’équilibre constitutionnel vers le gouvernement fédéral au détriment des États de l’Union.

En 1898, les Américains aidèrent les Cubains à se libérer du joug espagnol, mais le gouvernement fédéral en profita pour en prendre le contrôle. La même année, les Philippins déclarèrent leur indépendance et le gouvernement fédéral les combattit dans une guerre sanglante quatre années durant, avant d’acheter les îles à l’Espagne.

Le progrès par l’innovation

Tandis qu’Adam Smith théorisait la production de masse, de l’autre côté de l’Atlantique, des industriels mettaient en pratique le concept sans le savoir. Whitney inventa l’égreneuse à coton, ce qui stimula la production de coton, et indirectement les investissements dans les usines textiles. Jeremiah Wilkinson développa de son propre chef un procédé pour accroître la production de rivets.

Outre la spécialisation du travail, la production de masse nécessitait également une uniformisation des procédés pour respecter de meilleures tolérances. Jusque-là, les pièces mécaniques avaient des dimensions qui pouvaient varier selon la personne ou le procédé utilisé.

Whitney automatisa la production d’armes à feu pour répondre à un contrat du gouvernement fédéral. Il remplaça chaque étape manuelle de fabrication par une procédé mécanique. Cela facilita également les remplacements dans la mesure où les pièces devenaient interchangeables.

Whitney demanda plusieurs extensions au contrat et les obtient avec l’aide de Jefferson. La production de masse demande, en effet, une longue période de mise en place : nouvelles machines, organisation de la chaîne de production, expérimentations. Les 10000 fusils demandés furent prêts pour la guerre de 1812 avec les Britanniques.

Eli Terry appliqua les mêmes méthodes pour produire en masse une montre au prix de 10$ au lieu de 25$. Jusque-là, dans l’Ancien Monde, le temps humain ne paraissait pas une chose importante. Les esclaves étaient là pour les basses besognes et le mode de vie oisif de leurs maîtres leur permettait de les surveiller. En somme, il n’y avait pas vraiment d’incitation à améliorer la productivité du travail. Mais pour des hommes libres, le temps avait une valeur qu’il convenait de mesurer.

En 1795, à une époque où la construction connaissait un boom historique, Jacob Perkins développa une machine qui pouvait produire 60 000 clous par semaine. Auparavant, chaque clou devait être forgé à la main.

Les plaines du Midwest furent cultivées efficacement, non pas grâce au gouvernement, mais grâce à une invention de John Deere, un forgeron. Ce dernier créa un sillon bien conçu et tout en acier qui permettait de creuser les terres argileuses de la région. Il s’agissait d’une invention toute simple, mais pourquoi n’avait-elle pas été réalisée et exploitée plus tôt, alors que le plus grand nombre ne mangeait pas à sa faim ?

L’essentiel de la prospérité dont nous profitons aujourd’hui, nous le devons aux façons de penser de nos ancêtres d’il y a 100 ou 150 ans. Il est peu probable qu’il n’y ait jamais eu dans l’histoire une période plus propice à libérer les énergies humaines, ainsi que l’inventivité et la créativité des hommes.

De la même manière, notre futur dépend de ce qu’il y a dans la tête de la jeune génération d’aujourd’hui. Sont-ils fatalistes ou autonomes ? Quelle est l’influence de la famille et comment cela se compare-t-il au passé ? Que se passe-t-il à l’école ? Quelle est la philosophie de nos éducateurs et de nos hommes publics ?

L’espoir versus la peur

La créativité existe partout dans le monde, mais ce qui compte est ce qu’on en fait. L’Amérique a exploité des idées vieilles de plusieurs siècles pour les mettre à l’essai. Dans le Vieux Monde, les inventions de génie prenaient habituellement la poussière, à moins qu’elles n’aient un usage militaire.

Pour que les inventions puissent avoir de réelles applications, il faut que les inventeurs aient l’opportunité et l’incitation de le faire, il faut que les acheteurs aient l’opportunité et l’incitation de les utiliser et entre les deux, il faut des opportunités et des incitations pour produire et échanger. L’Amérique offre tout cela.

Pour l’essentiel, les Américains ont toujours été libres de travailler pour qui ils voulaient, de faire affaire avec quelqu’un à l’autre bout du pays ou de dépenser leur argent comme ils l’entendaient.

Certes, il peut arriver que des monopoles privés voient le jour. Mais c’est souvent parce que les autorités n’ont pas fait leur travail de police contre les gangsters corporatifs ou ont été achetées pour fermer les yeux sur leurs pratiques. Il y a alors deux recours : les clients peuvent boycotter le monopole ou un nouveau gouvernement peut y mettre un terme. En revanche, on ne peut rien faire contre un monopole public. En la matière, le principe devrait toujours être la liberté de choix pour le consommateur.

Le système politique américain est propice au développement puisque chaque individu est responsable de sa vie et a des incitations adéquates : des gains fantastiques en cas de succès, des pénalités limitées en cas d’échec. Dans un État totalitaire, l’équilibre est précisément le contraire. Un esprit inventif est un esprit qui doute et qui sort des sentiers battus. Un tel individu ne survivrait pas très longtemps dans un régime totalitaire. Même dans le cas d’une agence gouvernementale de recherche scientifique, comment celle-ci sélectionnerait-elle ses éléments ? Aurait-elle choisi Thomas Edison ou Henry Ford ? Comment une telle agence saurait à l’avance où sont les domaines les plus prometteurs ou les plus féconds ?

Une société libre comme l’Amérique permet l’émergence de nombreux génies puisque la totalité de la population peut choisir cette voie si elle en a l’opportunité et si elle a le talent requis. De plus, étant donné la nature compétitive de l’Amérique, plus il y a de talents, plus il y a d’émulation et meilleurs sont les gagnants. Mais même dans cette compétition, les talents de second ordre n’ont pas participé en vain, car ils sont nécessaires pour réaliser et mettre en application le menu détail des grandes inventions.

En Amérique, il y a un continuum depuis l’inventeur jusqu’à l’utilisateur en passant par le spécialiste et l’amateur. Chacun est libre d’expérimenter comme il le souhaite, quitte à gâcher un matériel qui aurait pu servir un objectif plus noble sous la supervision d’un « expert ». N’ayant pas à se soucier des atteintes à son intégrité physique, à sa liberté et à sa propriété, l’Américain peut consacrer son énergie à la production de biens et services utiles aux autres.

Enfin, les habitudes de frugalité et d’épargne des Américains ont été fondamentales pour financer l’investissement nécessaire aux gains de productivité et à la production de masse.

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