Introduction
Le livre Mathématiques, astronomie, biologie et soin des âmes : les jésuites et les sciences de François Euvé éclaire les liens entre les jésuites et la science moderne.
Les jésuites ont perfectionné l’art de l’enseignement depuis plusieurs siècles. Un aspect moins connu est leur contribution au développement des sciences, tout particulièrement dans les domaines qui n’entrent pas directement en conflit avec la religion comme les mathématiques et l’astronomie.
Points clés à retenir
Ignare de Loyola a modelé l’enseignement dans l’ordre des jésuites selon l’Université médiévale de Paris. Dans ce cursus, la théologie est le but de toutes les études. Les étapes précédant la théologie sont hiérarchisées en deux groupes. Le plus important regroupe grammaire, rhétorique et logique. L’autre regroupe l’arithmétique, la musique, la géométrie et l’astrologie.
La découverte du Nouveau Monde crée de nouveaux défis techniques : aménager des territoires, creuser des canaux, étudier les nouvelles plantes découvertes. Il n’est pas rare que les pouvoirs publics fassent appel à la Compagnie de Jésus pour ces œuvres. Du côté des jésuites, il y a un intérêt pour l’action pratique.
Le contexte culturel de l’époque est marqué par la curiosité des hautes classes pour les nouveautés, y compris les phénomènes physiques que découvrent les savants. Cultivant l’art du théâtre, les jésuites savent mettre en scène de telles curiosités.
Les premières décennies de l’ordre correspondent à une période de basculement. Le rappel récurrent qu’il faut suivre Aristote dans les déclarations des congrégations prouvent justement que cela ne va plus de soi. Aussi, s’il est bon de s’appuyer sur les auteurs anciens qui ont fait leur preuve, il est tout aussi nécessaire de préparer les étudiants aux débats de leur temps.
La mission en Chine est l’une des plus fameuses de l’ordre des Jésuites. Les Jésuites comprirent que les Chinois n’étaient pas intéressés par leur doctrine. En revanche, l’astronomie était en Chine une « affaire d’état ». Le succès des Jésuites dans la prédiction d’éclipses et autres phénomènes célestes à l’aide de la nouvelle science européenne développée par Galilée, Kepler et Newton, attira les faveurs des autorités chinoises. Les jésuites contribuèrent à la mise en place d’un nouveau calendrier, comme ils l’avaient fait à Rome. La mission en Chine qui s’étend du 16ème siècle au 20ème siècle, donna l’occasion de traduire et de diffuser les Classiques Chinois. Les Jésuites transmirent également au Chinois les œuvres de référence tels que « les éléments d’Euclide », en particulier la version plus claire de Pardies ainsi que la « Sphère ». Par la suite, ils offrirent au 19ème siècle et au 20ème siècle leurs services en météorologie. Les Jésuites tiraient avantage de leur réseau d’établissements en Asie pour détecter des typhons qui ravageaient la côte chinoise. Il y eut également des développements similaires en séismologie.
L’approche des Jésuites dans les sciences naturelles opèrent selon deux principes, la recherche aristotélicienne du pourquoi derrière les phénomènes, la familiarisation avec le contexte (langue, milieu, mœurs…) afin notamment de gagner la confiance des indigènes.
Le corps des Jésuites n’a pas produit de grands scientifiques, mais un réseau de personnes en relation. Les motivations qui ont engagé les Jésuites dans les sciences sont multiples :
- Des raisons utilitaires, en particulier en médecine
- Le fait d’intéresser les puissants aux découvertes afin de les approcher et d’obtenir leur appui
- Accompagner le changement dans une période de profonde mutation culturelle
- Le motif théologique : la contemplation de la Nature doit éveiller l’esprit à celle de Dieu
Même si l’enseignement n’était pas considéré dans le projet initial d’Ignace De Loyola, ce dernier a vite perçu l’importance de cette activité. La science et notamment les mathématiques ont été partie intégrante de cette formation, non sans résistance. Il s’agissait de former à la rigueur de la pensée.