Introduction
John Holt est l’un des fondateurs du mouvement « unschooling » qui prône la déscolarisation des enfants au profit d’un apprentissage autonome et personnalisé.
Son livre “Teach Your Own”, paru en 1981, s’appuie sur sa correspondance avec des parents qui font l’école à la maison et expose les diverses situations auxquelles ils sont confrontés.
Pourquoi retirer vos enfants de l’école ?
La plupart des gens n’ont aucune confiance dans les enfants. En fait, ils éprouvent même souvent de l’antipathie à leur endroit, y compris leurs propres enfants. L’explication ? Les gens qui souffrent, qui ont une vie pénible et ennuyeuse, ne supportent pas que les autres souffrent moins et les feront souffrir aussi s’ils le peuvent.
Tant que de tels parents représentent la majorité – et c’est le cas – il ne sera pas possible de réformer l’école. Pourquoi les enfants devraient-ils prendre du plaisir au lieu de s’habituer dès que possible à faire des choses qui ne leur plaisent pas comme c’est le cas de leurs parents.
Une minorité de parents choisissent de déscolariser leurs enfants pour les éduquer à la maison pour trois raisons. Ils considèrent que l’éducation de leurs enfants est leur affaire et non celle du gouvernement. Ils aiment avoir leurs enfants près d’eux et les aider à se développer. Ils veulent leur éviter de souffrir mentalement, physiquement et spirituellement.
Il est difficile de savoir leur nombre en partie parce que certains parents font l’école à la maison en secret. Lorsqu’ils arrivent dans une nouvelle région ou dans un nouvel état, ils n’inscrivent pas leurs enfants à l’école du quartier. En cas de questions, ils disent qu’ils ont inscrit leurs enfants à l’école privée. Parfois, dans certains états, ils s’enregistrent comme une école.
S’il est difficile de dire qui sont ces familles, il est plus aisé de dire qui elles ne sont pas. Elles ne vivent pas dans les grandes villes. Elles ne sont pas dans les quartiers les plus aisés du pays non plus. Elles ont un revenu moyen et ont tendance à vivre à la campagne.
Différentes expériences ont montré que le temps de lecture en silence améliorait l’apprentissage. Cependant, de nombreux enseignants ne le font pas, jugeant peut-être le niveau de leurs élèves insuffisant, ou l’interrompent avec des questions, des colles ou des commentaires.
Une autre étude indique que la plupart des enseignants notent mieux un exposé écrit avec un langage ampoulé que le même exposé écrit en termes simples !
Très souvent, les familles qui choisissent de faire l’école à la maison sont celles d’enfants qui ont appris à lire très tôt. Leurs enfants souhaitent lire des livres de leur âge, mais leur enseignant leur impose de faire les mêmes exercices que les autres, d’où une grande frustration.
Les familles qui retirent leurs enfants de l’école remarquent souvent une nette amélioration de leur santé. En effet, beaucoup d’enfants n’ont pas le loisir de lire ou de s’adonner aux activités intellectuelles qui les intéressent lors des heures de classe et se rattrapent à la maison. Cela réduit fortement le temps pour les activités physiques.
Objections courantes à l’école à la maison
Nous avons besoin d’un socle commun à tous les citoyens.
Nous avons besoin plus que jamais, en effet, d’un dénominateur commun à tous les citoyens. Trop souvent de nos jours, l’unité n’est réalisée que contre des ennemis extérieurs. Pour autant, l’école n’est pas le bon endroit pour construire une identité commune. Du moins pas tant qu’elle servira à classer les individus entre perdants et gagnants et à préparer les perdants à accepter une vie misérable.
Certains prétendent aussi que l’école met en contact de nombreux groupes sociaux et raciaux qui n’auraient pas eu l’occasion de se croiser autrement et que cela contribue à réduire les préjugés. Sans doute. D’un autre côté, des enfants éduqués à la maison ont tendance à avoir une meilleure estime d’eux-mêmes et par conséquent moins besoin de trouver des boucs-émissaires.
L’école publique donne l’occasion de se faire des amis d’une race ou d’une classe sociale différente
La séparation des élèves se fait très tôt et souvent sur la base de l’apparence et des manières, de sorte qu’en pratique il est difficile de côtoyer des élèves différents dans une même classe. D’un autre côté, les écoles sont le théâtre de conflits raciaux ou de classe entre différents groupes qui ne se connaissent pas.
Comment empêcher les parents aux idées bornées de les transmettre à leurs enfants ?
La différence entre un pays libre et un État policier est que dans le pays libre, pourvu que vous suiviez les lois, vous avez le droit de croire ce que vous voulez.
Si nous devions censurer des idées, alors qui déciderait et selon quel critère ?
En fait, non seulement les gens ont le droit de croire ce qu’ils veulent: que la terre est plate, que certaines races sont supérieures, mais ils ont aussi le droit de transmettre ces idées à leurs enfants.
Aucune autorité gouvernementale, y compris l’école, ne devrait avoir le droit de dire ce qui est vrai et ce qui n’est pas vrai. Inévitablement, l’école met en avant certaines idées. Ceux qui sont d’accord avec ces idées y enverront volontiers leurs enfants. Mais qu’en est-il de ceux qui ne sont pas d’accord ? Pourquoi ne pourraient-ils pas avoir un autre choix ?
Même si vous pensez que c’est la mission de l’école de lutter contre les préjugés, il faut quand même admettre après plusieurs générations de scolarisation obligatoire qu’elle n’a pas fait un très bon travail.
Si vous ne mettez pas vos enfants à l’école, comment pourront-ils s’insérer dans la société ?
L’école pourra en effet aider votre enfant à croire ce que la plupart des gens croient, et à aimer ce que la plupart des gens aiment. Le présupposé est que sans l’école, les enfants vont devenir des marginaux et ne s’adapteront pas à la société.
Mais que se passe-t-il quand les valeurs dominantes du moment, l’argent, le sexe et la drogue imprègnent l’école ? Est-il toujours intéressant d’y envoyer vos enfants pour qu’ils partagent cette « culture » commune ?
Les enfants qui font l’école à la maison ne vont-ils pas manquer la vie sociale à l’école ?
Voici un petit aperçu de la vie sociale à l’école : un groupe de leaders populaires, les suiveurs et les exclus. Les sujets de conversation tournent autour de qui est fâché avec qui, de qui est invité (ou pas) à telle ou telle fête. Les préoccupations sont centrées sur la compétition et le statut. C’est encore plus le cas dans les écoles où les élèves viennent de milieux privilégiés.
Le quotidien de l’école est marqué par la violence et l’humiliation de certains élèves, pour l’exemple ou par méchanceté gratuite. La peur est entretenue. Les élèves finissent par internaliser les règles du jeu qu’on veut leur faire jouer : trouver un plus faible que soi à écraser, de préférence en groupe.
Les dynamiques de groupe qu’on trouve à l’école ont aussi des effets désastreux. C’est ainsi que de nombreux élèvent commencent à fumer et à boire, non par goût, mais parce que les autres autour d’eux le font. Le phénomène est amplifié par le fait que l’école limite artificiellement les contacts à ceux des élèves du même âge.
Le problème de l’exposition des élèves à des enseignants non certifiés
Un enseignant certifié et un bon enseignant ne sont pas nécessairement les mêmes choses.
Étrangement, de nos jours, il faut une préparation spécifique pour apprendre à enseigner.
Cependant, depuis l’aube des temps, les humains ont transmis efficacement leur savoir à d’autres humains sans que cela soit leur activité principale en respectant certains principes :
- Pour aider quelqu’un à apprendre, vous devez savoir où il est rendu
- Montrer est mieux que parler, laisser les autres faire est encore meilleur
- Y aller progressivement. Ne pas tout dévoiler d’un coup.
- Laisser autant de temps que nécessaire pour que l’élève absorbe le matériel présenté
- Plutôt que de leur faire un examen, évaluez leur niveau d’après les questions qu’ils posent
- Vous ne devez pas vous énerver lorsque les gens ne comprennent pas
- Faire peur bloque l’apprentissage
N’est-il pas d’ailleurs intéressant de noter que le groupe professionnel le plus représenté parmi les parents d’élèves des écoles privées est formé des administrateurs d’écoles publiques !
Une expérience intéressante a été menée à l’intérieur d’une école défavorisée. Des 5ème années devaient apprendre à lire à des 1ère années. Non seulement les 1ère années soumis à ce régime ont appris à lire plus vite que ceux qui avaient un enseignant certifié, mais les 5ème années qui donnaient les cours ont considérablement amélioré leur niveau de lecture !
Il y a une leçon à tirer ici. L’apprentissage entre enfants est effectif, car la relation est éphémère et moins importante que leur amitié. Si les choses tournent mal, soit le jeune maître adopte une autre approche, soit le jeune élève va se trouver un autre partenaire !
De même lorsque des parents qui font l’école à la maison se rendent compte qu’ils vont trop loin avec leur enfant, ils s’arrêtent et vont chercher une autre façon de faire.
Ceux qui souhaitent faire l’école à la maison ont ce profil :
- Ils aiment la compagnie de leurs enfants
- Ils ont confiance en leurs enfants, les respectent, les traitent avec courtoisie et les prennent au sérieux
- Ils ressentent une partie de l’émerveillement de leurs enfants tandis qu’ils explorent le monde autour d’eux
- Ils sont suffisamment sceptiques vis-à-vis des experts, ont suffisamment confiance en eux pour accepter d’être différents des autres
Comment vais-je trouver le temps de passer six heures avec mon enfant chaque jour ?
Soyez honnête, combien de temps votre enseignant vous a-t-il vraiment consacré à l’intérieur d’une semaine ? Si l’on exclut les blâmes, les avertissements, les consignes, les menaces, le temps passé à discuter avec vous d’un sujet qui vous intrigue ou qui vous intéresse est de l’ordre de 15 minutes par semaine, au plus 15 minutes par jour.
D’autre part, les enfants ne supportent pas d’avoir six heures d’instruction par jour. C’est beaucoup trop.
Les enfants veulent faire partie de votre vie, voir où vous allez, découvrir ce qui vous intéresse, rencontrer vos amis et connaître votre passé.
Vos enfants ont besoin de connaître d’autres adultes. Ils ont besoin de deux ou trois amis de leur âge, mais pas beaucoup plus. Par-dessus tout, il leur faut beaucoup de temps de solitude au calme, du temps où il n’y a rien à faire.
Comment les enfants vont-ils apprendre ce qu’ils ont besoin de savoir ?
Un enfant ne sait pas ce dont il aura besoin dans dix ans. En fait, personne ne le sait. Par contre, il sait ce qu’il désire intensément connaître et comprendre à un moment donné. Lorsque sa curiosité est satisfaite, les connaissances ainsi acquises restent pour ainsi dire gravées dans sa mémoire.
Il n’est pas difficile ni très coûteux de trouver de l’équipement pour apprendre la chimie ou les sciences physiques. Même pour la biologie, le matériel est disponible dans la nature. Avec le développement de l’enseignement à la maison, il sera sans doute possible de disposer d’un marché actif pour l’achat, la vente et la revente de l’équipement.
Il faut comprendre que l’enseignement supérieur n’a pas pour objet d’apprendre une spécialité, mais d’empêcher le public d’avoir accès à l’information et de contingenter la profession. Il est par exemple intéressant de noter que le travail effectué actuellement par les titulaires de doctorats était il n’y a pas si longtemps effectué par des titulaires de maîtrise.
En tant que parent, vous devez vous efforcer de mettre autant de bonnes choses que possible dans leur vie et d’enlever autant de mauvaises choses que possible. Si vous jugez que l’école fait partie de ces mauvaises choses, vous devriez prendre action. Même ainsi, vos enfants auront leur quota d’adversité dans le monde. Autant leur épargner la perte de temps que constituent les défis bidon de l’école : faire plaisir au prof, faire profil bas, s’intégrer au groupe, être populaire, faire comme les autres.
Les enfants qui suivent leur inclination n’évitent pas les difficultés et ne font pas juste ce qui leur plaît. Cela leur forge le caractère. Au contraire, à l’école, se soumettre à une autorité sous la menace le détruit.
Politique et déscolarisation
École à la maison et changements sociaux
Le changement social se produit sur une très longue période. Au départ, seul 1% des gens sont prêts à non seulement changer leur vision politique, mais surtout le mode de vie. Puis cette proportion augmente à 2, 5, puis 10, 20, 30%. Il est contre-productif d’essayer de faire changer d’avis la majorité en argumentant.
C’est peu ou prou ce qui est en train de se passer avec l’éducation à la maison. Des actions individuelles pour changer la façon d’éduquer les enfants ne sont pas politiques en tant que telles à moins qu’on en fasse la publicité dans le but de multiplier les vocations.
Les parents qui décident de faire l’école à la maison font preuve de leadership, c’est-à-dire non pas la capacité à se faire suivre, mais la capacité à suivre son chemin. Cela demande du courage, de l’endurance, de la patience, de la flexibilité, de la détermination, de l’ingéniosité, de l’humour et de garder son sang-froid face à l’adversité et aux imprévus.
Qui est-ce que l’école aide ?
La plupart des gens qui travaillent pour l’Éducation nationale pensent sincèrement que l’école aide les enfants de pauvres à améliorer leur sort.
En réalité, la petite minorité des riches cherchent à préserver leur progéniture de la pauvreté à tout prix. Pour ce faire, il est dans leur intérêt de limiter l’accès à la connaissance autant que possible. C’est ce qui se passe partout dans le monde.
Par exemple, aujourd’hui, le secteur de l’énergie solaire est animé principalement par de petites entreprises, des inventeurs et des amateurs. Il n’existe pas de diplôme reconnu pour travailler dans l’industrie naissante. Mais dans dix ans, la plupart de ces gens vont s’organiser pour faire passer des lois ou des règlements exigeant des certifications et des diplômes coûteux. Bref, des barrières à l’entrée seront érigées pour limiter la concurrence.
Un autodidacte de la vie
En 1815, Hiram Salisbury était un homme ordinaire. Il savait faire toutes les corvées de la ferme, découper des planches, fabriquer une maison, collecter les taxes de la ville, réparer des horloges, pêcher, forger les métaux et une longue liste d’autres activités. Un individu de notre époque n’aurait pas survécu longtemps à la sienne.
Un tel personnage n’a pas appris en allant à l’école, mais en faisant. De plus, il n’y a pas de meilleure incitation à faire un bon travail que lorsqu’on sait que le produit va être utilisé par quelqu’un.
Déscolarisation et les classes laborieuses
L’école à la maison peut sembler être réservée à des personnes des classes supérieure ou moyenne. Il n’en est rien.
Une large portion des familles qui éduquent leurs enfants à la maison viennent de milieux défavorisés. Il s’agit souvent aussi de mères célibataires. Souvent, elles ont choisi de sortir leur enfant de l’école après s’être entendu dire que leur enfant n’apprenait rien. Ces familles ont refusé de se résigner.
L’obtention du baccalauréat est importante pour certaines familles défavorisées. Mais cela ne nécessite pas d’assister aux cours. Tout peut se faire par correspondance.
Autant que possible, il convient d’éviter l’affrontement avec les autorités. Une mère de famille qui était harcelée par les autorités après avoir retiré son enfant des griffes de l’école a simplement déménagé dans un autre état.
Les sortir de là
Préparer votre dossier
L’expérience montre que vous avez de meilleures chances de pouvoir faire l’éducation de vos enfants à la maison si vous préparez un projet détaillé à destination de votre école et/ou des autorités. Vous devez expliquer pourquoi vous souhaitez faire l’école à la maison, comment vous comptez vous y prendre, et surtout quelle est la jurisprudence actuelle qui selon vous garantit votre droit. Plus le document est long, mieux c’est.
Envoyez le document à tous les membres du comité d’administration et toute partie prenante utile. Mettez les destinataires bien en évidence, ce qui incitera les destinataires à lire votre œuvre et à en discuter entre eux. Ces gens sont déjà obligés d’assister à toutes sortes de rencontres inutiles. Faites-leur comprendre que vous allez leur mobiliser beaucoup de leur temps.
Pour ce qui concerne le programme d’étude, écrivez quelque chose qui sera accepté par les écoles, mais sans être si précis que cela réduira votre liberté d’action. Par exemple, ne dîtes pas que vous étudierez l’anglais le jeudi de 9h à 10h. Par contre, vous pourrez dire en bonne conscience que chacune des disciplines sera couverte avec autant d’heures qu’à l’école.
Lorsque l’école coopère
Certains arguments contribuent à convaincre l’école du bien-fondé de votre projet :
- Mentionner que votre enfant dispose d’un réseau de relations sociales hors de l’école.
- Indiquer que votre enfant fera le point régulièrement avec un professeur certifié dûment nommé
- Préciser les livres que vous avez lus sur le sujet
- Donner des exemples précis concernant le mode d’apprentissage de votre enfant
- Ne pas attaquer le principe de l’école, mais le système d’évaluations fréquentes qui est nécessaire lorsque l’enseignant ne peut pas suivre individuellement les progrès des élèves
- Expliquer les perturbations du rythme scolaire sur la vie familiale
- Suggérer que l’école à la maison ne nécessite pas de dépenser autant d’énergie dans la discipline que dans une classe de trente élèves
- Ne montrer aucune rancœur vis-à-vis du système scolaire, exprimer une approche philosophique différente.
- Mentionner que les parents sont mieux à même d’identifier ce qui intéresse leurs enfants et de faire des activités sur ces thèmes dans un court délai, ce que l’école ne peut pas faire.
Écoles alternatives
Une autre façon de sortir ses enfants du système scolaire consiste à les inscrire nominativement dans une école privée dans un premier temps. Certaines pourront même aider à préparer votre projet d’école à la maison.
Il faut réaliser que les écoles sont en général disposées à faire des exceptions tant que personne ne se plaint. Cependant, dès lors qu’un voisin un peu trop curieux vous dénonce, les administrateurs de l’école deviennent très vite nerveux. La bonne réponse autant pour le voisin curieux et surtout pour l’école est de dire que l’enfant fait sa scolarité dans une école privée.
Lorsque les écoles ne coopèrent pas
Les fonctionnaires en haut de la pyramide hiérarchique au niveau de l’état sont les plus compréhensifs et réalisent qu’un conflit ne peut qu’être dommageable. En revanche, l’opposition et l’hostilité sont les plus grandes chez les administrateurs de l’école de quartier. Ils ne comprennent pas ce que vous voulez faire, ils n’acceptent pas que vous, une personne non certifiée, soyez en mesure d’enseigner à vos enfants. De plus, l’absence de votre enfant leur fait perdre des ressources !
Vos interlocuteurs locaux vous diront qu’il y aura des conséquences, comme par exemple que votre enfant n’obtiendra pas d’équivalence de niveau ou qu’il redoublera s’il veut revenir dans le système. Cela devra être le principal point de désaccord : l’équivalence entre ce que votre enfant apprend à la maison et ce qu’il apprend à l’école.
Recherchez des alliés parmi d’anciens enseignants, notamment pour préparer le programme que vous présenterez à l’école.
Faites un relevé précis des communications au téléphone ou par écrit, ou autre avec l’école ainsi que leur contenu. Posez le plus possible de questions et essayez de vous mettre à la place de vos différents adversaires.
Une fois qu’il apparaît clair que l’école ne coopère pas, mettez tout par écrit autant que possible. Si vous devez avoir des conversations téléphoniques, enregistrez-les ou faites un compte-rendu à valider par l’autre partie.
Autres tactiques
Le principal risque est la dénonciation par les voisins suspicieux. Du point de vue de l’école, ce qui les intéresse est le niveau de l’enfant tel que mesuré par les évaluations. Des tactiques peuvent être utilisées pour couvrir l’un ou l’autre de ces problèmes :
- Certains font faire une exemption par un médecin en utilisant le motif de l’hyperactivité.
- D’autres minimisent le temps passé à l’école et choisissent le professeur le mieux adapté, etc. Connaître les règles de présence aide : un certain nombre de jours d’absence est autorisé, si l’enfant quitte à 10h30, il peut être considéré à présent une demi-journée, certaines causes d’absence sont bonnes à connaître.
- Une autre tactique consiste à faire évaluer son enfant s’il est précoce et fournir l’évaluation à l’école.
- Certains épargnent une ou deux années de lycée à leur enfant en leur faisant prendre des cours à l’université d’avance. Ainsi, le test de l’équivalence est difficilement discutable en cour si l’étudiant obtient de bonnes notes à l’université.
- Avoir à la maison les guides et manuels qui ont la bénédiction des autorités scolaires comme preuves de vertu lors d’éventuelles visites.
L’école à la maison en pratique
Se concentrer sur ce qui intéresse l’enfant
Faire l’école à la maison permet de sortir du cadre rigide de l’école. D’autres matières peuvent être enseignées comme l’archéologie ou l’astronomie. L’apprentissage y est plus naturel si on laisse l’enfant suivre sa curiosité et avoir le plaisir de découvrir par lui-même de nouveaux sujets d’étude.
Le langage
Pour apprendre à lire à son enfant, il est inutile de mettre de la pression. Il vaut mieux donner de nombreuses occasions de l’initier à la lecture : l’enfant peut chercher les livres qui lui plaisent à la bibliothèque pour se les faire lire par ses parents.
Pour les nombres, vous pouvez faire des jeux qui les utilisent indirectement comme la bataille navale ou de simples jeux de cartes.
Sciences
Un jardin, la télévision, et les musées locaux peuvent beaucoup contribuer au goût pour les sciences.
Société
Il faut donner l’opportunité à votre enfant de vous accompagner dans vos activités d’adulte. Cela l’expose à différentes situations de la vie réelle et lui donne à connaître toutes sortes d’occupations qui existent.
Il convient de lui fournir tout l’équipement dont il pourrait avoir besoin pour un apprentissage autonome : papier, matériel de dessin, magazines, livres, jeux intéressants. S’il a des questions, se rendre disponible pour y répondre, mais pas plus que nécessaire. Surtout, il faut être patient. L’enfant peut tout simplement ne pas être prêt.
Un jour sans école
Le principal problème qu’il y a à suivre un programme officiel est soit que l’enfant connaît déjà le sujet, soit qu’il n’est pas encore prêt pour aborder la nouvelle notion.
Essayer de reproduire l’école dans le contexte familial est une perte de temps dans tous les sens du terme. En particulier, cela laisse peu de temps pour autre chose.
Certains parents utilisent de nouveaux classeurs chaque mois pour compiler le travail fait par les enfants, les souvenirs d’excursions, etc. Vous pouvez aussi noter dans un journal les activités réalisées.
En général, c’est une bonne idée de proposer aux enfants des activités que les parents font volontiers : lecture, piano, promenades en forêt, les échecs, etc.
Explorer ensemble
Quelques exemples d’activités à faire en famille :
- Fabriquer des livres
- Apprendre et réciter des poèmes ou des scènes de théâtre
- Jongler et faire des exercices d’équilibre
- Construire un abri d’oiseau
Les activités à la maison sont l’occasion de rechercher et d’atteindre la perfection dans la réalisation, d’où de bien meilleurs standards qu’à l’école.
Vivre avec les enfants
Les enfants, leur nature et leurs besoins
Les enfants veulent bien faire comme les adultes. Il leur manque juste de l’expérience et un meilleur contrôle de leurs émotions.
Jusqu’à un an environ, le meilleur environnement pour un bébé est celui qui a toujours été en vigueur depuis la nuit des temps : le contact constant avec sa mère. Les bébés ainsi élevés sont exposés aux diverses activités des adultes et ne demandent qu’à pouvoir y participer dès que possible.
Nés bons
Lorsqu’un enfant d’un ou deux ans observe une personne qui souffre, ils font preuve d’empathie et veulent aider.
Dire non
Il vaut mieux éviter autant que possible de dire non sur le ton de la colère. La bonne approche pour changer le comportement d’un bambin est de lui dire d’une voix neutre que ce qu’il fait n’est pas approprié et surtout d’accompagner le mot d’un geste : ralentir le mouvement de ses mains avec douceur, autant de fois que nécessaire.
Tester les adultes
Les enfants testent naturellement les limites avec les adultes. Mais ce n’est pas une fatalité.
Par exemple, un enfant peut vouloir empêcher une conversation entre adultes. Demandez-lui de but en blanc : « essayes-tu de m’énerver ? – Oui ». Proposez-lui alors un jeu ou un défi : « veux-tu voir qui va ennuyer le plus l’autre ? – Non ». En général, les enfants difficiles veulent attirer l’attention sur eux. Il teste aussi les autres tout en sachant que ce n’est pas bien, juste pour voir ce qui va se passer.
D’accord ?
« Mets ton manteau, d’accord ? »
Le « d’accord » est de trop. Il implique qu’on laisse un choix, alors que ce n’est pas vraiment le cas. Si vous êtes invités chez quelqu’un, votre hôte vous dira sans doute quelque chose du genre « Nous nous levons à 7h du matin » et pas « Nous nous levons à 7h du matin, d’accord ? ».
L’enfant peut ne pas apprécier de devoir obéir à des requêtes fermes, c’est son droit, mais il doit comprendre clairement quelle est la situation.
Les crises
Les crises des enfants ont toujours une raison.
L’astuce est d’éviter les situations qui provoquent les crises. Parlez aux enfants susceptibles avec respect. Donnez-leur le temps d’organiser leurs choses tranquillement avant de faire ce que vous leur demandez. Ne testez pas leur patience à un moment où ils sont affaiblis, par exemple en retardant trop l’heure du dîner.
Le grand livre du monde
Accès au monde extérieur
Les écoles traditionnelles ou alternatives coupent les enfants du monde réel pour les occuper sur un programme concocté de toute pièce.
Les enfants ont besoin de multiplier les expériences dans le monde réel et d’avoir du temps pour y réfléchir. Ce n’est pas facile dans le monde moderne qui est généralement hostile aux enfants et parfois dangereux.
Il y a en fait autant de façons de découvrir le monde qu’il y a de personnes. Certains sillonnent les bibliothèques, d’autres les musées, d’autres encore les grands parcs, les cinémas, le réseau de transport public, etc.
L’école de la vie
Certains premiers de la classe ne se rappellent pas ce qu’ils ont « appris » à l’école après quelques années seulement. Ils oublient tout, car ils n’étaient pas réellement intéressés dans ce qu’ils apprenaient. À l’inverse, l’école de la vie donne des leçons inoubliables ou indélébiles.
Le contrôle du temps
Lorsque vous n’êtes plus en contrôle d’une large part de votre temps, par exemple en tant qu’employé, cela a pour conséquence un affaiblissement de votre force morale. Il en va de même pour les enfants.
Peut-être que le plus grand dommage que cause l’école n’est pas tant ce qu’on y fait ou comment on le fait que l’aliénation produite sur un élève qui n’est plus la responsable de gérer son temps 5 jours sur 7 et 9 mois sur 12.
Le principal problème ne semble pas être le temps perdu, qui n’est pas négligeable, mais plutôt l’interruption dans le flux naturel des pensées. Ainsi, un rendez-vous au milieu d’une journée, par ailleurs sans obligations, peut la gâter, un peu comme un caillou dans la chaussure. D’autre part, une fois pris dans les filets de la passivité, il est difficile de s’extraire de cet état de léthargie.
Les enfants comme les adultes ont besoin de beaucoup de temps à eux pour apprendre à s’accepter. Il vaut mieux oublier les sorties un peu trop organisées. Quant à la fameuse « vie sociale », en lieu et place de celle-ci, pourquoi ne pas apprendre à s’aider les uns les autres en famille ou dans une petite communauté. Les liens forgés dans l’adversité et le dur labeur ont beaucoup plus de valeur. Les expériences où votre vie dépend de l’autre, et réciproquement, donnent du recul sur les rapports sociaux.
Compétences pour la vraie vie
Il y a énormément d’activités à faire à la ferme pour s’occuper des animaux et les vendre, au jardin pour planter et faire la cueillette, à la maison pour les travaux de plomberie, carrelage, menuiserie, et les réparations.
La gestion de l’argent est une autre qualité qui peut être développée très tôt. Ouvrez-leur un compte bancaire qui leur donne la possibilité de faire des achats et d’encaisser des paiements.
Expression orale et écrite dans le monde réel
La plupart des gens dans le monde apprennent leur(s) langue(s) en écoutant et en parlant avec d’autres personnes. Dans nos contrées modernes, les gens sont exposés à des discours préparés et récités, une version aseptisée de la langue vernaculaire.
Les enfants sont particulièrement attirés par les conversations d’adultes. Plus le groupe qui discute est large et plus ils feront des pieds et des mains pour écouter ce qui se dit, et comment cela est dit.
Espaces de travail et de vie
Former une école ou un club ?
Lorsqu’un groupe de parents se rassemblent pour former une école, immanquablement, des disputes éclatent sur ce qui doit être enseigné : les maths ? le français ? 1h par semaine ? 4h par semaine ?
De telles écoles doivent avoir des règles comme tout groupe humain, mais elles ne devraient pas essayer d’imposer des apprentissages.
Bien souvent, les parents se regroupent ainsi pour pouvoir socialiser leur enfant. Pour pallier ce problème, il serait intéressant de disposer au sein de nos communautés d’endroits où les enfants peuvent se réunir pour faire des activités. Idéalement, ces endroits devraient être une variante des « country clubs ».
Pour se représenter à quoi pourrait ressembler une école qui n’en est pas une, vous pourrez visionner le documentaire We Have to Call It School.
Serre
Une serre est l’endroit idéal pour intéresser les enfants (et les adultes). Elle fournit un lieu communautaire où l’on peut apprendre à faire du compost, comment conserver les aliments, comment coopérer ou abattre un animal, ramasser des œufs, faire des semis, etc.
Sans limites
Les enfants scolarisés sont marqués par leur expérience. Ils attendent que quelqu’un leur dise quoi faire et ont tendance à être passifs.
Jouer sérieusement
Les moments de fantaisie chez les enfants où ceux-ci laissent libre cours à leur imagination sont essentiels à leur bien-être et à leur résilience. Cela demande du temps pour jouer dans leur coin. Il ne s’agit pas d’un dessert pour récompenser l’enfant, mais du plat de résistance. Ils devraient avoir au moins autant de temps pour leurs aventures imaginaires que pour les mathématiques et le français.
Mondes fantastiques
Les enfants peuvent jouer à des jeux élaborés de leur propre invention sur de très longues périodes en incorporant au fur et à mesure de nouvelles dimensions. Donjons et dragons a peut-être commencé ainsi.
Jouer aux gendarmes et aux voleurs
Contrairement à ce qu’on pense en général, ce jeu n’est pas un jeu qui glorifie la violence. Il s’agit d’un jeu où celui qui est le plus intensément dans le moment présent l’emporte. À l’inverse, certains enfants se révèlent incapables de jouer à ce jeu et sont de mauvais perdants : ils sont constamment surpris par les autres qui sont bien plus réveillés.
Histoires faites maison
Les enfants seront plus intéressés par les histoires personnalisées qui mentionnent des faits, des personnes ou des animaux connus que par les contes pour enfants.
Apprendre sans enseignant
Les enfants n’ont pas besoin d’enseignants, ils découvrent les choses par eux-mêmes. Répondez à leurs questions quand ils en ont, alimentez-les lorsqu’un sujet particulier les intéresse. S’il y a des sujets qui vous passionnent, les enfants le sentent et vont vouloir en savoir plus.
Apprendre à apprendre
La capacité à apprendre de façon autonome est l’un des plus grands atouts qu’on puisse avoir pour réussir dans la vie. Cela recouvre plusieurs aspects : déterminer ce qu’on doit apprendre pour atteindre un objectif, accepter son ignorance et faire le nécessaire pour y remédier.
Acteurs plutôt que spectateurs
Certains spécialistes voient les enfants comme une espèce de rats de laboratoire qui se soumettent docilement aux expérimentations. Ils posent une question, l’enfant répond. S’il répond bien, il a sa récompense. Mais ce n’est pas vraiment ainsi que les enfants voient les choses. Ils veulent comprendre comment les choses fonctionnent, pourquoi elles fonctionnent ainsi et ensuite les faire fonctionner à leur guise.
Les langues
Musique
Le rôle d’un enseignant devrait être d’expliquer clairement à son élève qu’il ne peut pas faire grand-chose pour l’aider. Il devrait lui dire que s’il sait bien jouer à sa manière, rien ne dit qu’elle convient à l’élève. C’est à lui à trouver sa voie.
Les pires professeurs sont ceux qui ne donnent pas de concert. Inversement, ceux qui donnent des représentations ont toujours quelque chose d’intéressant à partager à leur élève tiré de leur expérience.
Enseigner versus apprendre
Il y a des parents qui ont troqué leur rôle de parent pour celui d’enseignant à la maison. Chaque activité, chaque parole est l’occasion d’une leçon… Ne laissez pas votre maison devenir une école en miniature ! Ce serait plus souhaitable de les livrer à eux-mêmes.
Le prix des tours de passe-passe
Qu’est-ce qui rend les enfants stupides ?
La manipulation sans fin des mots et des symboles crée chez l’enfant de la peur, de l’ennui et de la confusion. Mais c’est surtout le fait que d’autres ont pris le contrôle de leur esprit qui les abêtit.
C’est pour la même raison que l’éléphant qui danse dans le cirque est moins intelligent que l’éléphant dans la jungle ou que le rat de laboratoire est moins dégourdi que le rat d’égout.
La question la plus importante qu’un humain peut se poser est « qu’est-ce qui mérite que j’y réfléchisse ? ». Si l’on ne peut pas se poser cette question, car d’autres nous en empêchent, alors on devient moins attentif, moins adaptable et moins ingénieux. En un mot, on devient plus bête.
L’intelligence n’est pas une mesure de notre savoir-faire, mais plutôt la manière dont nous nous comportons quand nous ne savons pas quoi faire.
Difficultés d’apprentissage
Difficultés ou handicap ?
Si quelqu’un de l’école ou non vous dit que votre enfant a dû mal à l’école, demandez à cette personne comment elle sait qu’il s’agit d’un problème de l’enfant et non de la méthode, du professeur ou du matériel proposé.
Stress et perception
Au cours des deux guerres mondiales, les soldats des tranchées et les soldats du débarquement ont été soumis à des épisodes de stress paroxystiques. Le système nerveux de certains soldats s’est effondré au point qu’ils ont perdu la vue, l’ouïe ou l’usage de leurs membres. La plupart ont réussi à se remettre du traumatisme partiellement ou complètement à la suite d’une période de repos loin du champ de bataille. Les médecins ont confirmé qu’il ne s’agissait pas de simulations.
Étant donné l’impact de la peur et du stress sur le psychisme des adultes, il est clair que ce phénomène est également présent chez les enfants dans le contexte de l’école.
Droite et gauche
La confusion entre la droite et la gauche est possiblement causée par les adultes. Les enfants ont tendance à voir les objets comme des êtres animés. Ainsi la droite de l’objet en face de l’enfant peut être perçue comme étant sa gauche !
Les enfants et le travail
Trouver sa vocation
Un emploi est quelque chose que vous faites pour l’argent. Une carrière est une succession d’emplois qui dénote une progression. Une vocation est une notion très différente, quelque chose que vous faites parce que cela vous intéresse.
Une des choses les plus difficiles dans la vie est de trouver sa vocation.
L’un des drames de notre époque est que si peu de jeunes savent ce qui les intéresse et se demande comment travailler dans le domaine.
Trouver un travail qui a du sens
Les gens qui font du vrai travail sont souvent surmenés et débordés par la quantité d’ouvrage à réaliser. Trouvez une telle personne dans le domaine qui vous intéresse et dites-lui : « Je crois en ce que vous faites et souhaite vous aider d’une façon ou d’une autre. Je serai heureux de faire n’importe quelle tâche que vous me demanderez ou qui s’imposera à moi pour un salaire modique ou même pour rien si vous m’offrez le gîte et le couvert. » Cette proposition est irrésistible. Le travail que vous aurez l’occasion de faire avec une telle personne sera incomparablement supérieur à tout ce que vous pourrez étudier à l’école ou à l’université.
Faux départ
Avant de vous lancer dans des études supérieures, vous devriez vous demander, premièrement quelles portes elles vous ouvrent, deuxièmement si ce qui se trouve derrière ces portes vous intéresse et enfin s’il n’y a pas un moyen plus simple, plus rapide ou plus économique de se rendre là.
L’approche directe
Si vous savez ce qui vous passionne, essayez de vous en approcher en de la façon la plus directe possible. Si vous voulez construire des bateaux, allez là où l’on construit des bateaux !
Travail exigeant
Rien de tel qu’un véritable travail pour grandir.
Les gens deviennent plus éveillés en observant attentivement les détails de la vie quotidienne, en résolvant des problèmes concrets et en ayant une rétroaction rapide de leur environnement. C’est pourquoi le bois, la mer, la ferme ou tout autre endroit où il faut savoir ce qu’on fait pour ne pas se blesser sont très formateurs.